Alors que la milice Mobondo continue de dicter sa loi dans certains coins du territoire de Kwamouth, dans la province de Maï-Ndombe, l’ONG des droits humains AJDDH interpelle Kinshasa sur le sort de centaines de milliers de civils privés de tout, entre famine et épidémies.
Dans une correspondance parvenue à BETO.CD, l’ONG Actions pour la Justice, le Développement et les Droits Humains (AJDDH) dresse un bilan de plus de 280 000 personnes qui sont aujourd’hui déplacées internes. Ces chiffres, issus des rapports de l’OCHA RDC de décembre 2025, témoignent, selon l’AJDDH, d’une déportation de masse. Fuyant les massacres des miliciens Mobondo, ces familles ont tout abandonné notamment des terres, bétail et foyers pour s’entasser dans des conditions précaires, notamment sur des sites de fortune comme le marché Malebo à Bandundu-ville.
L’AJDDH dénonce l’absence d’eau potable et de latrines qui transforme les camps de déplacés en foyers épidémiques, la malnutrition, etc. « Les populations sont livrées à elles-mêmes, sans accès aux soins de base ni à une alimentation minimale. C’est un droit de l’homme fondamental qui est ici piétiné », alerte cette structure des droits humains.
Pour l’AJDDH, face à ce désastre humanitaire, le gouvernement congolais brille par son absence. Malgré la persistance du danger sur la RN17, axe vital totalement paralysé par l’activisme armé de Mobondo, aucune réponse structurelle d’envergure n’a été déployée.
L’ONG souligne une contradiction majeure avec l’article 52 de la Constitution, qui impose à l’État d’assurer la protection et l’assistance aux populations vulnérables. À ce jour, aucun plan national humanitaire proportionné à cette crise n’est visible sur le terrain.
Face à la situation, l’AJDDH formule 3 demandes urgentes notamment « le déploiement d’une mission interministérielle pour la distribution de vivres et de kits sanitaires sur l’axe Bandundu–Kwamouth, rétablir l’autorité de l’État sur la RN17 pour permettre le retour des populations (Article 16 sur le respect de la vie humaine) et élever la crise du Kwilu au rang de priorité humanitaire nationale auprès des partenaires extérieurs ».
À en croire toujours l’AJDDH, le drame de Kwamouth n’est plus seulement une crise sécuritaire, c’est un test de crédibilité pour les institutions de la République. Sans une réaction immédiate et coordonnée, le « silence humanitaire » dans le Kwilu pourrait se transformer en une tache indélébile sur le bilan social du gouvernement. « L’heure n’est plus aux constats, mais au déploiement de l’aide », alerte l’AJDDH.
Serge SINDANI
