S’appuyant sur les premières conclusions de la Mission d’établissement des faits, déployée depuis janvier 2025, Volker Türk pointe du doigt l’ensemble des belligérants engagés dans le conflit : les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, les Forces armées congolaises (FARDC), ainsi que les milices d’autodéfense Wazalendo.
L’offensive lancée par le M23 sur Goma en janvier s’est caractérisée par l’usage d’armes lourdes dans des zones densément peuplées, notamment sur des camps de déplacés. Dans la foulée, des soldats congolais en déroute et des miliciens Wazalendo se seraient rendus coupables de meurtres, de viols et de pillages, selon les enquêteurs onusiens.
Le M23 est, quant à lui, accusé d’avoir procédé à des arrestations arbitraires, des détentions inhumaines dans des bases militaires comme Rumangabo, ainsi que du recrutement forcé, y compris d’enfants. Des témoignages font état d’exécutions sommaires, de tortures et de disparitions forcées.
De leur côté, les Wazalendo, bénéficiant du soutien de Kinshasa, sont mis en cause pour des enlèvements et des actes d’extorsion à l’encontre des civils. Les services de renseignement militaires congolais auraient également perpétré des disparitions forcées de personnes soupçonnées de collusion avec le M23.
Le rapport met en lumière l’usage systématique des violences sexuelles comme arme de guerre. Selon l’UNICEF, au plus fort des affrontements, un enfant était violé toutes les 30 minutes. Environ 40 % des survivants de ces agressions sont des mineurs. Une situation d’autant plus tragique que l’effondrement des infrastructures de santé et le tarissement des financements humanitaires privent les victimes d’un minimum de prise en charge.
La société civile et les médias ne sont pas épargnés. Certains journalistes ont vu leur accréditation suspendue, d’autres sont menacés de poursuites pour avoir produit des contenus jugés « trop favorables » au M23. Deux défenseurs des droits humains auraient été assassinés. Fait particulièrement révoltant : en février dernier, des combattants du M23 auraient enlevé 121 patients d’un hôpital à Goma, les accusant d’être liés aux FARDC ou aux milices Wazalendo. Leur sort reste inconnu à ce jour.
Face à cette situation qu’il qualifie de « dramatique », Volker Türk appelle à un cessez-le-feu immédiat, au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, et à une intensification des efforts diplomatiques. Il exhorte également la communauté internationale à soutenir un financement humanitaire d’urgence et à envisager des mécanismes de justice internationale pour les crimes documentés.
« Les preuves recueillies sont suffisamment graves pour justifier l’ouverture de poursuites au niveau international », a conclu le Haut-Commissaire.
Gilbert N.
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