Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a exprimé ce lundi une vive inquiétude face à ce qu’il qualifie de dérive institutionnelle en République démocratique du Congo, à la suite des démissions successives de Vital Kamerhe et de Modeste Bahati Lukwebo.
Dans une tribune publiée sur Facebook, l’ancien candidat à la présidentielle s’interroge : « Qu’est-ce qui se passe au sommet des institutions en République démocratique du Congo ? ». S’il reconnaît qu’une démission peut constituer un acte de responsabilité dans une démocratie, il estime que le contexte de ces départs suscite de profondes préoccupations.
Selon lui, les deux responsables politiques auraient quitté leurs fonctions pour avoir osé s’opposer à un projet de révision constitutionnelle attribué à « des courtisans du régime ». Il souligne que leur rôle, en tant que représentants du peuple, consiste à défendre la volonté du « souverain primaire », et non à céder à des pressions politiques.
Toutefois, Denis Mukwege critique également l’attitude adoptée après leur démission. Il déplore qu’ils aient publiquement sollicité la clémence du chef de l’État et réaffirmé leur loyauté, y voyant une forme d’« humiliation publique ». « Dans une démocratie normale, les représentants du peuple contrôlent l’action présidentielle (…). Mais au Congo, c’est le président qui sanctionne les députés qui osent exprimer leur désaccord », a-t-il déclaré, dénonçant une « inversion des rôles qui tue la démocratie ».
Dans son message, il interpelle directement les élus sur leur sens de la dignité et leur capacité à défendre celle du peuple. « Où est votre dignité ? », questionne-t-il, estimant que leur posture envoie un signal négatif à la jeunesse congolaise.
S’appuyant sur des proverbes issus des traditions congolaises, il rappelle que « un bon citoyen peut mourir, mais il ne pourrit pas », appelant les responsables politiques à rester fermes dans leurs convictions, même au prix de leur carrière. Il cite en exemple Patrice Lumumba, symbole de résistance et de dignité politique. Denis Mukwege met également en garde contre les logiques d’unanimisme qu’il associe aux dérives autoritaires. Il estime qu’« une seule voix dissonante » peut raviver l’espoir du peuple, soulignant la fragilité des majorités politiques.
Il appelle le président de la République à « écouter sa conscience et la voix du peuple », tout en se méfiant des « tambourinaires » guidés, selon lui, par des intérêts personnels. Dans une mise en garde à peine voilée, il prévient que ces soutiens pourraient se retourner contre le pouvoir, comme cela s’est produit lors des alternances précédentes. Par cette prise de position, le Prix Nobel congolais alerte sur les risques d’un affaiblissement des contre-pouvoirs dans un contexte déjà marqué par des tensions sécuritaires et politiques.
Odon Bakumba
En savoir plus sur BETO.CD
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
