La capitale économique du Bénin a accueilli, les 29 et 30 janvier 2026, le 4ᵉ Forum des médias du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN), consacré à la lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN). Placée sous le thème « De la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des maladies tropicales négligées », cette rencontre continentale a réuni journalistes, experts sanitaires, partenaires techniques et financiers ainsi que décideurs politiques.
Les travaux ont été officiellement lancés par la directrice adjointe de cabinet du ministre béninois de la Santé, Françoise Sybille Assevedo, qui a souligné l’ampleur des défis sanitaires que représentent les MTN en Afrique. Selon elle, ces maladies constituent une réalité dramatique pour les populations vivant majoritairement en zones rurales, confrontées à la pauvreté et au manque d’accès aux infrastructures sanitaires.
Coorganisé par REMAPSEN, Speak Up Africa, la Fondation Raoul Follereau, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Bénin et la Fondation Gates, ce forum s’inscrit dans la dynamique continentale visant à accélérer l’élimination de ces pathologies encore largement sous-médiatisées.
Le rôle stratégique des médias dans la riposte sanitaire
Dans son intervention, le président du REMAPSEN, Youssouf Bamba, a insisté sur la responsabilité des médias africains dans la transformation des perceptions sociales et politiques liées aux MTN. Il a rappelé que la presse demeure un outil essentiel pour informer, sensibiliser et mobiliser les communautés ainsi que les autorités publiques.
« Les maladies tropicales négligées demeurent une réalité douloureuse pour des millions d’Africains. Elles touchent en priorité les populations les plus vulnérables, vivant souvent dans des zones rurales ou marginalisées, là où l’accès à l’information, aux soins de santé et à des conditions environnementales saines reste limité. Si ces maladies sont qualifiées de “négligées”, c’est aussi parce qu’elles souffrent d’un déficit de visibilité médiatique, malgré leurs lourdes conséquences sanitaires, sociales et économiques. C’est ici que notre responsabilité, en tant que médias africains, prend tout son sens », a-t-il déclaré.
Françoise Sybille Assevedo a, pour sa part, invité les professionnels des médias à déconstruire les préjugés, à lutter contre la stigmatisation et à renforcer le plaidoyer en faveur des politiques publiques inclusives. Elle a souligné que les MTN touchent au moins un milliard de personnes dans le monde et restent profondément liées aux inégalités sociales et économiques.
La directrice du partenariat et du développement de Speak Up Africa, Yaye Sophietou Diop, a également mis l’accent sur la nécessité d’une production médiatique plus soutenue et diversifiée sur ces questions sanitaires. Elle a particulièrement alerté sur la réduction progressive de certains financements internationaux, appelant les États africains et les acteurs locaux à renforcer leur autonomie dans la gestion des priorités sanitaires.
Des avancées encourageantes malgré des défis persistants
Le représentant résident de l’OMS au Bénin, Dr Jean Konan, a relevé des progrès notables dans la lutte contre certaines MTN. À ce jour, 22 pays ont éliminé au moins une maladie tropicale négligée, tandis que 99 % des pays ont réussi à éradiquer la dracunculose. Toutefois, il a rappelé que ces maladies continuent de toucher plus de 1,5 milliard de personnes dans le monde et provoquent environ 170 000 décès chaque année.
Il a exhorté les journalistes à produire des récits capables d’humaniser ces maladies afin de renforcer le plaidoyer et de maintenir la mobilisation des partenaires dans un contexte international marqué par la contraction des financements de santé publique.
La reconnaissance de l’excellence journalistique africaine
Le forum a également servi de cadre à la remise de distinctions récompensant l’engagement des journalistes africains dans la couverture des questions sanitaires et environnementales. Le journaliste gabonais Michaël Moukouangui Moukala, fondateur du média en ligne La Lettre Verte, a remporté le premier prix du meilleur journaliste en ligne spécialisé dans les questions environnementales.
« Je suis honoré de recevoir ce prix qui confirme l’ancrage de mon engagement pour les questions environnementales au Gabon. C’est l’aboutissement d’efforts constants et la preuve que la spécialisation constitue un levier de différenciation prometteur. Eu égard aux mutations qui s’opèrent dans notre domaine, il est peut-être temps que les journalistes africains, en général, et gabonais, en particulier, opèrent cette transition vers un journalisme de spécialité », a fait savoir Michaël Moukouangui Moukala.
Sept autres journalistes issus du Sénégal, du Mali, du Cameroun, de la Guinée, du Nigéria, du Ghana et du Togo ont également été distingués pour leur contribution à la sensibilisation du public sur les enjeux de santé et d’environnement.
Ces prix portent la marque du Dr Michel Sidibé, ancien directeur exécutif de l’ONUSIDA et actuel directeur général de l’Agence africaine du médicament, parrain du forum. Ce dernier a encouragé les journalistes africains à poursuivre leur engagement en faveur des causes sanitaires souvent marginalisées, notamment les MTN, soulignant leur rôle crucial en tant que « voix des sans-voix ».
Par ailleurs, cinq pays – le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Ghana et le Togo – ont été récompensés pour leur dynamisme dans la promotion des activités du réseau REMAPSEN, qui regroupe désormais près de quarante pays africains.
Recommandations pour accélérer l’élimination des MTN

Au terme des travaux, plusieurs pistes d’action ont été dégagées pour renforcer la lutte contre ces maladies, notamment le renforcement de la formation spécialisée des journalistes afin d’améliorer la qualité et la régularité de la couverture médiatique, l’accroissement des investissements nationaux dans la santé publique pour réduire la dépendance aux financements extérieurs, le développement de campagnes de sensibilisation communautaires adaptées aux réalités socioculturelles locales.
Outre cela, les participants ont également appelés au renforcement de la collaboration entre médias, chercheurs et autorités sanitaires pour faciliter l’accès aux données scientifiques fiables, l’intégration de la lutte contre les MTN dans les politiques de développement durable, ainsi que l’encouragement de la spécialisation journalistique pour un traitement plus approfondi des enjeux sanitaires.
À travers ce forum, le REMAPSEN ambitionne de renforcer les capacités des journalistes africains afin de faire des médias un levier stratégique dans la lutte contre les maladies tropicales négligées. L’objectif est de permettre une meilleure diffusion des informations scientifiques, une sensibilisation accrue des populations et un plaidoyer plus efficace auprès des décideurs.
Silas MUNGINDA
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