La République démocratique du Congo traverse une crise sécuritaire sans précédent. Dans ce contexte, l’Église catholique, longtemps perçue comme un arbitre moral et politique, semble adopter une posture de plus en plus partiale. Ses dernières prises de position, notamment celles de Monseigneur Donatien Nshole, Secrétaire général et porte-parole de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), interrogent sérieusement sa crédibilité.
Dans un entretien récent, Mgr Nshole a mis sur un pied d’égalité les actions des rebelles de l’AFC-M23 et celles du gouvernement, affirmant que si l’un tue, l’autre tue aussi. Une affirmation qui, sous couvert de neutralité, semble ignorer le principe fondamental du monopole de la violence légitime détenu par l’État, reconnu par la Charte des Nations Unies. On peut légitimement se demander si cette égalisation ne contribue pas à légitimer les crimes de groupes armés contre des civils innocents.
Plus troublant encore, le porte-parole de la CENCO semble éluder la responsabilité directe du Rwanda dans la crise, malgré les aveux diplomatiques de Kigali concernant son soutien à l’AFC-M23. L’éventuelle remise en question de ces faits via l’« intelligence artificielle » ne peut masquer une forme de mauvaise foi qui fragilise le rôle de l’Église comme médiateur. Comment prétendre organiser un dialogue inclusif si l’on refuse de nommer tous les acteurs de la violence ?
La protection implicite de certains acteurs au détriment des victimes pose un problème moral et stratégique. En refusant de condamner fermement les agresseurs, l’Église semble sacrifier la justice sur l’autel du dialogue politique. Pourtant, la mission d’une institution religieuse ne devrait-elle pas être de défendre les innocents avant de ménager les puissants ?
Il est temps de rappeler que critiquer la gouvernance ne doit jamais signifier renoncer à la souveraineté nationale. L’Église peut et doit continuer à dénoncer la mauvaise gestion, mais pas au prix de l’impunité des rebelles et de leurs soutiens étrangers. Le silence face aux crimes, couplé à une condamnation unique du gouvernement, traduit un soutien implicite à ceux qui veulent occuper nos terres par la force.
L’heure est venue pour l’Église catholique de se recentrer sur son rôle fondamental : celui de défendre la vie et la justice, et non de devenir le spectateur partial d’une tragédie nationale.
Azarias Mokonzi
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