L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) tire la sonnette d’alarme sur la gestion du partenariat stratégique en cours de négociation entre la République Démocratique du Congo et les États-Unis, axé sur les minerais critiques et le développement économique. Dans un communiqué publié ce mardi 17 juin (N°023/ODEP/JUIN/2025), cette organisation de contrôle citoyen dénonce de graves irrégularités institutionnelles et une dérive centralisatrice menaçant, selon elle, la souveraineté économique du pays.
Une gouvernance centralisée à la Présidence : un choix en contradiction avec la Constitution
Si l’ODEP reconnaît les efforts diplomatiques du Président de la République et de la Ministre d’État chargée des Affaires Étrangères, elle s’insurge contre le choix controversé de loger la cellule de suivi de ce partenariat stratégique directement à la Présidence. Selon l’organisation, cette démarche contrevient à l’article 91 de la Constitution congolaise, qui confère au Gouvernement — et non à la Présidence — la responsabilité de conduire la politique nationale.
« Plusieurs ministères sectoriels — Mines, Plan, Finances, Budget, Économie, Commerce, Industrie et Portefeuille — sont directement concernés par ce partenariat. Pourtant, leurs représentants brillent par leur absence au sein de la cellule », déplore l’ODEP.
Des nominations jugées partisanes et non transparentes
L’ODEP critique également la composition de cette cellule, qualifiée d’opaque et marquée par le favoritisme. La coordination aurait été confiée à des personnalités issues du cercle rapproché de la Présidence, sans appel à candidatures ni processus de sélection basé sur les compétences. Cette approche, souligne l’organisation, nuit à la crédibilité et à l’efficacité du dispositif.
Par ailleurs, l’ODEP s’alarme du rôle de supervision confié au Directeur de Cabinet du Président, qui semble s’arroger des prérogatives ministérielles en se plaçant au-dessus de la Ministre des Affaires Étrangères, créant ainsi une confusion des rôles et un précédent institutionnel inquiétant.
Le spectre de SICOMINES refait surface
L’ODEP met en garde contre le risque de reproduire les erreurs du passé, à l’instar du contrat sino-congolais SICOMINES, souvent dénoncé pour son opacité et son déséquilibre flagrant. « En 18 ans, la partie chinoise a engrangé près de 17 milliards de dollars, contre à peine 350 millions perçus par la RDC », rappelle l’organisation.
Des recommandations pour une gouvernance républicaine
Face à ces dérives, l’ODEP formule une série de recommandations concrètes :
Le transfert de la cellule de suivi sous l’autorité de la Primature, conformément à la Constitution ;
La recomposition de l’équipe de coordination sur la base de compétences avérées, en y associant des cadres des ministères sectoriels, des professeurs d’université expérimentés, et des experts issus du secteur minier ;
La publication d’un document de cadrage clair et transparent, définissant les objectifs, les mécanismes de suivi et les modalités de gouvernance du partenariat.
L’organisation réitère également son appel à la tenue d’un Dialogue National Inclusif, seule voie, selon elle, pour sceller un nouveau pacte républicain fondé sur la souveraineté, la transparence et la justice sociale dans la gestion des ressources stratégiques.
« Les solutions aux crises congolaises ne viendront pas de l’étranger, mais d’un sursaut de conscience nationale », martèle l’ODEP.
Gilbert N.
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