La République démocratique du Congo (RDC) a décidé de confier la sécurisation de ses mines à un homme qui ne laisse personne indifférent : Erik Prince, surnommé « le businessman de la guerre ». TV5 Monde a révélé ce lundi 7 juillet que Kinshasa avait sollicité cet ancien Navy SEAL américain pour veiller sur ses ressources minières stratégiques.
Âgé de 56 ans, Erik Prince s’est forgé une réputation mondiale en fondant en 1997 Blackwater Worldwide, devenue par la suite Academi, la plus grande société militaire privée de la planète. Son entreprise s’est imposée comme un bras armé discret de la politique américaine, engrangeant plus de 1,6 milliard de dollars de contrats fédéraux non classifiés, sans compter les missions secrètes menées pour le Département d’État et la CIA. Rien qu’entre 2001 et 2010, la CIA lui a accordé jusqu’à 600 millions de dollars pour des opérations classées.
Prince dit avoir été inspiré par le génocide rwandais pour créer Blackwater. « J’ai vraiment été choqué. J’ai réalisé qu’on ne va pas s’installer confortablement et pontifier. Il faut agir », déclarait-il à l’époque dans sa ville natale. Mais ses méthodes n’ont jamais cessé de susciter la controverse. En mars 2021, un rapport de l’ONU l’a accusé d’avoir fourni illégalement des armes à un chef de milice libyen, violant l’embargo international. Il est également visé par une enquête du FBI pour avoir tenté de vendre des hélicoptères et des armes à Khalifa Haftar, le puissant seigneur de guerre libyen soutenu par les Émirats arabes unis.
Installé aujourd’hui aux Émirats, Prince continue de multiplier les contrats dans l’ombre. Sa société Frontier Services Group (FSG), qu’il a cofondée, est déjà active en RDC depuis une décennie pour collecter les taxes minières et réduire la contrebande transfrontalière. Un dispositif musclé qui inquiète la société civile congolaise, même si le président Félix Tshisekedi affirme que « les ressources du pays ne seront jamais bradées ».
Des mines congolaises au cœur des convoitises mondiales
La RDC détient des gisements immenses de cobalt, de cuivre, d’or, de coltan, de lithium et d’étain. Ces minerais sont essentiels aux technologies de pointe, notamment pour la fabrication des batteries électriques, des smartphones et des équipements militaires. Le cobalt congolais représente à lui seul plus de 60 % de la production mondiale. Cette richesse attise depuis des décennies la convoitise des multinationales et des puissances étrangères.
Un accord de paix stratégique avec le Rwanda
Ce choix de sécurisation survient alors que Kinshasa et Kigali viennent de signer, à Washington, un accord de paix visant à apaiser les tensions dans l’Est de la RDC. Cet accord, conclu sous la médiation américaine fin juin, vise à stopper les affrontements entre l’armée congolaise et les rebelles du M23, appuyés par le Rwanda selon plusieurs rapports onusiens. Toutefois, la société civile reste sceptique quant à la mise en œuvre effective de cet engagement, alors même que le pays renforce la sécurisation de ses mines stratégiques en recourant à des acteurs aussi controversés qu’Erik Prince.
Odon Bakumba
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