Sept mois déjà que la ville de Goma vit au rythme imposé par les armes. Depuis son occupation par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda selon les autorités congolaises, la capitale provinciale du Nord-Kivu est plongée dans un climat de terreur, de violence et d’anarchie silencieuse.
Sur les hauteurs volcaniques de la ville, les drapeaux ont changé, mais la souffrance reste la même. Les rues de Goma, autrefois animées par les klaxons des taxis-bus et les cris des marchands, résonnent désormais du silence pesant d’une population sous occupation. « On ne libère pas un peuple en l’exterminant », murmure un habitant, le regard fuyant, sous condition d’anonymat. « Ce qu’ils appellent libération, pour nous, c’est l’asservissement. »
Une administration par la force
Malgré les accords signés à Washington entre la RDC et le Rwanda, aucun retrait n’a été observé sur le terrain. Goma reste sous le contrôle politique et militaire des rebelles, une présence que rejette ouvertement la majorité de la population.
Dans les quartiers périphériques comme Majengo ou Kyeshero, la peur ne dort jamais. Les témoignages évoquent des enlèvements fréquents, des enrôlements forcés de jeunes, et des familles décimées. Les patrouilles armées du M23 ne rassurent personne. « Ils font la loi, imposent des taxes, nous réduisent au silence », confie un avocat local. « On taxe tout : maisons, véhicules, marchés… comme si la guerre ne suffisait pas, ils nous appauvrissent jusqu’à l’os. »
Une justice qui s’effondre
Privés de tribunaux fonctionnels, les habitants n’ont plus que leurs bourreaux comme interlocuteurs pour régler les conflits. Un simple différend devient parfois une condamnation à mort. « Ici, accuser quelqu’un d’être un Wazalendo, c’est lui signer son arrêt de mort », confie une femme dont le frère a disparu après une fausse dénonciation.
Les rebelles imposent leur propre loi. Les règlements de comptes se règlent à coups de matraques, de crosse de fusil ou de courroie de moteur. « Le droit n’existe plus. Goma est devenu un endroit où chacun a peur de l’autre », souffle un commerçant. « Même nos disputes de famille deviennent des affaires militaires. »
Les cachots de la terreur
Au pied du mont Goma, entre deux antennes de téléphonie, se cache l’un des nombreux centres de détention tenus par les rebelles. Un ancien détenu, aujourd’hui en fuite, décrit l’enfer : cellules étroites, tortures quotidiennes, absence totale de soins ou de justice. « J’ai vu un homme mourir après avoir reçu un coup de marteau dans les côtes. Ils tuent et enterrent les gens en silence, dans des fosses communes. »
Ces pratiques sont confirmées par un rapport d’Amnesty International, publié en mai dernier. L’organisation dénonce des détentions arbitraires, des cellules surpeuplées, et des actes de torture d’une violence extrême. Sur 18 détenus interrogés, huit ont vu leurs codétenus mourir, faute de soins ou sous les coups.
« Le M23 punit avec brutalité ceux qu’il considère comme des opposants et intimide les autres, de sorte que personne n’ose le contester », résume Tigere Chagutah, directeur régional d’Amnesty pour l’Afrique de l’Est et australe.
Une population abandonnée
Pendant ce temps, la population se sent abandonnée. Aucun signe d’un retour imminent de l’autorité congolaise, aucune mesure concrète de soutien aux victimes. « Ce n’est pas notre guerre », s’indigne un habitant. « Ils veulent nos terres, ils veulent le pouvoir. Mais qu’ils arrêtent de mentir en disant qu’ils nous représentent. Nous ne leur avons rien demandé. »
La ville compte aujourd’hui plusieurs sites de détention clandestins, identifiés à Goma comme à Bukavu : le bureau de l’ANR surnommé Chien Méchant, le complexe P2, l’Assemblée provinciale, ou encore des camps improvisés à Kanyarucinya. À Bukavu, le quartier Bagira abrite aussi des lieux de détention similaires.
Dans cette Goma aux allures de ville fantôme, les cris étouffés résonnent à travers les collines volcaniques. Les regards se croisent sans confiance. Et les habitants, pris en étau entre les armes et l’indifférence, ne réclament qu’une seule chose : qu’on les entende enfin.
Azarias Mokonzi
En savoir plus sur BETO.CD
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
