La cinquième session ordinaire de la sixième législature du Parlement panafricain (PAP) s’est clôturée ce vendredi 1er août 2025, à Midrand, en Afrique du Sud, sous le thème de l’Union africaine pour l’année 2025 : « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine grâce à des réparations. »
À l’issue des travaux, les membres de l’Assemblée ont adopté douze résolutions et formulé onze recommandations portant notamment sur l’harmonisation des politiques continentales, la prévention des conflits, les droits humains et la paix en Afrique. Le Parlement panafricain a également examiné les rapports de ses commissions permanentes ainsi que ceux d’autres institutions de l’Union africaine.
Parmi les voix qui se sont élevées pour évaluer de manière critique l’impact réel des décisions du Parlement, celle du sénateur congolais Alphonse Ngoy Kasanji a résonné avec force et lucidité. Répondant à une question sur l’utilité et la portée des résolutions adoptées, il a exprimé ses réserves quant à leur applicabilité sur le terrain.
« Il y a eu 12 résolutions et 11 recommandations, mais si leur mise en œuvre n’est pas assurée, elles resteront sans effet. Lors de la précédente session, une motion de solidarité envers la RDC avait été adoptée, mais elle n’a reçu aucun suivi. Pourtant, nous avons, aujourd’hui encore, exprimé notre solidarité envers les Palestiniens. Pourquoi deux poids, deux mesures ? », a-t-il regretté.
Le sénateur a dénoncé ce qu’il qualifie d’hypocrisie politique dans les prises de position au sein des instances panafricaines, surtout lorsqu’il s’agit de conflits impliquant certains États membres. Il a également pointé l’inefficacité des mécanismes actuels de l’Union africaine (UA), soulignant que tant que l’UA reste une simple organisation intergouvernementale sans pouvoirs coercitifs, les débats risquent de ne jamais se traduire en actions concrètes.

« Il faut que le Parlement panafricain ait un véritable pouvoir. Tant que l’Union africaine ne se transforme pas en une entité intégrée, à l’image de l’Union européenne, les décisions resteront lettre morte. Il faut des sanctions. Sans sanctions, tout ce qu’on dira ici n’aura aucun impact », a martelé Ngoy Kasanji.
Dans une perspective plus positive, le sénateur a salué l’initiative de la délégation congolaise qui, lors de cette session, a contribué à faire venir au Parlement les membres de la commission sur la coopération, qui s’étaient rendus à Goma pour mieux comprendre la situation dans l’Est de la RDC. Un pas qu’il considère comme important dans la quête de reconnaissance des réalités congolaises à l’échelle continentale.
Défis structurels persistants

Le sénateur Ngoy Kasanji n’a pas manqué d’insister sur les défis majeurs auxquels l’Afrique reste confrontée : la justice, la paix et le respect des droits de l’homme. Il a notamment rappelé les propos tenus lors des travaux sur le manque d’efficacité de la Cour africaine des peuples.
«Si, comme on l’a entendu, les arrêts de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples ne sont appliqués qu’à 3 %, comment peut-on croire à l’effectivité de la justice en Afrique ? », a-t-il interrogé.
Composé de 275 membres, le Parlement panafricain incarne un organe consultatif censé représenter les peuples du continent. Mais sans pouvoir exécutif ni mécanismes contraignants, ses décisions dépendent encore largement de la volonté politique des chefs d’État et de leurs gouvernements.

En somme, l’intervention du sénateur Alphonse Ngoy Kasanji appelle à une réforme en profondeur des institutions africaines pour que les paroles se traduisent enfin en actes et que les peuples africains perçoivent concrètement les effets des décisions prises en leur nom.
Christian Okende
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