Un massacre d’une brutalité inouïe a endeuillé la ville de Komanda, dans la province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo, les 26 et 27 juillet derniers. Plus de 40 personnes, dont plusieurs enfants, ont été tuées par des combattants du groupe armé des Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’enceinte d’une paroisse catholique, selon un communiqué de Human Rights Watch publié ce mercredi 6 août.
Armés de fusils, de machettes et d’objets contondants, les assaillants ont frappé au cœur d’une veillée religieuse organisée dans l’église locale. Des témoins décrivent une attaque survenue vers une heure du matin, alors que les fidèles dormaient dans un bâtiment annexe à la paroisse. Au moins 33 personnes ont été tuées sur place, d’autres sont mortes de leurs blessures, et plus de 30 personnes – dont des enfants – ont été enlevées. Le sort de plusieurs d’entre elles reste incertain.
« Ils nous ont dit de nous asseoir, puis ils ont commencé à frapper les gens à l’arrière du cou. J’ai vu deux personnes mourir sous mes yeux, et j’ai fui avec quatre autres. Ils ont tiré, mais nous avons réussi à nous échapper », témoigne un rescapé.
Le groupe État islamique (EI) a revendiqué l’attaque via sa chaîne Telegram, la qualifiant d’« opération contre les croisés ». Human Rights Watch rappelle que les ADF, d’origine ougandaise, ont prêté allégeance à l’EI en 2019, même si leurs liens opérationnels restent flous.
Des vidéos géolocalisées montrent des maisons et des kiosques incendiés près de l’église, et la MONUSCO a confirmé qu’au moins 43 personnes – dont 9 enfants – ont été tuées au total. Malgré la proximité de l’armée congolaise (FARDC), déployée à 3 km du site, et de la base locale de la MONUSCO à 1 km, aucune intervention rapide n’a été enregistrée au moment des faits.
« Pendant tout ce temps, ni les FARDC ni la MONUSCO ne sont intervenues. Ils sont arrivés bien après, pour constater les dégâts », déplore un leader local de la société civile.
Ce carnage s’ajoute à une longue série d’atrocités commises par les ADF dans les provinces de l’Est. En janvier 2025, plus de 200 civils avaient été tués en un seul mois dans les régions de Beni et Lubero. L’ONU indique que les ADF restent responsables du plus grand nombre de morts civiles en RDC depuis 2024.
Alors que l’état de siège instauré depuis avril 2021 devait ramener la sécurité en Ituri et au Nord-Kivu, les tueries se poursuivent. L’Église catholique, via la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), a exprimé sa profonde indignation :
« Notre indignation est d’autant plus grande que ce énième massacre survient dans une province placée sous état de siège, appuyé par une mutualisation des forces armées de la RDC et de l’Ouganda, avec la présence depuis des décennies de la MONUSCO. »
Le gouvernement congolais a condamné les tueries, les qualifiant d’« horribles », tandis que la MONUSCO affirme avoir intensifié ses efforts de protection. Une enquête de la justice militaire est en cours, selon une source militaire.
Human Rights Watch appelle à des mesures urgentes : renforcer les systèmes d’alerte précoce, enquêter sur les responsabilités des forces de sécurité congolaises et internationales, et garantir que les auteurs de ces crimes – qui pourraient être qualifiés de crimes de guerre – soient traduits en justice.
« Le gouvernement congolais a le devoir de protéger les civils. La passivité face à des massacres aussi atroces est inadmissible », déclare Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur les Grands Lacs à HRW.
Alors que l’insécurité atteint un niveau alarmant dans l’Est, l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations Unies sont appelés à soutenir une stratégie crédible de protection des civils et de lutte contre l’impunité dans cette région meurtrie.
Gilbert N.
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