Plus d’une année après la renégociation du contrat « minerais contre infrastructures », conclu entre la République démocratique du Congo (RDC) et un consortium d’entreprises chinoises, le débat reste vif. Présenté par le gouvernement comme un partenariat « gagnant-gagnant », l’accord continue de susciter de profondes réserves au sein de la société civile, qui y voit un marché toujours déséquilibré au détriment de l’État congolais.
Un contrat revu mais contesté
Initialement fixé à 3,5 milliards de dollars, l’investissement promis par la partie chinoise pour les infrastructures a été porté à 7,5 milliards lors de la renégociation en 2024. Pour Kinshasa, cette révision constitue une avancée majeure et la preuve d’un meilleur partage des bénéfices tirés des richesses minières nationales. Mais de nombreux observateurs restent sceptiques.
La coalition « Le Congo n’est pas à vendre » estime que la Sicomines, principale entreprise concernée, continue de bénéficier d’exonérations fiscales massives qui privent chaque année le Trésor public d’au moins 430 millions de dollars. En outre, les conditions de décaissement du financement des infrastructures sont jugées défavorables : « L’avenant prévoit plus de 300 millions de dollars annuels pour les infrastructures, mais seulement si le cuivre se maintient au-dessus de 8 000 dollars la tonne », rappelle Jacques Kabulo, membre de la coalition, cité par RFI. En deçà de ce seuil, la contribution chinoise se réduit considérablement.
Des projets d’infrastructures en panne
Les inquiétudes s’étendent également au volet infrastructures. La Ligue congolaise de lutte contre la corruption (Licoco) réclame une évaluation indépendante et urgente des projets financés. Selon son secrétaire exécutif, Ernest Mpararo, « sur les 624 millions de dollars annoncés pour trois projets routiers à Kinshasa et dans le Kasaï, près de 400 millions devraient être absorbés par le seul chantier de Kinshasa. Il resterait à peine 200 millions pour les deux autres projets, ce qui compromet sérieusement leur avancement ».
Ces constats alimentent la suspicion d’une gestion opaque et d’une rentabilité discutable pour la RDC.
Cuivre et cobalt : des minerais stratégiques au cœur de l’enjeu
Si ce contrat suscite autant de polémiques, c’est parce qu’il concerne les ressources stratégiques de la RDC. Le pays détient environ 70 % des réserves mondiales de cobalt et se classe parmi les premiers producteurs de cuivre, deux minerais devenus essentiels pour la transition énergétique mondiale.
Le cuivre est indispensable à la fabrication des câbles électriques, des batteries et des équipements électroniques. Quant au cobalt, il est au cœur de la révolution des véhicules électriques et des technologies de stockage d’énergie. Dans un contexte de forte demande internationale, notamment de la Chine qui en est le principal consommateur, le contrôle de ces ressources représente un enjeu géopolitique majeur.
Pour la société civile congolaise, le déséquilibre de l’accord actuel prive le pays d’une opportunité historique : transformer sa richesse minière en véritable levier de développement national.
Entre promesses et réalités
Face aux critiques, le gouvernement persiste et signe : le contrat corrigé en 2024 offrirait désormais davantage de retombées économiques et sociales, grâce à l’augmentation des engagements financiers de la partie chinoise. Kinshasa mise sur ces investissements pour accélérer la modernisation des infrastructures et soutenir la croissance nationale.
Cependant, la persistance des exonérations, les conditions liées au prix du cuivre et les retards dans les projets nourrissent le doute. Pour la société civile, sans transparence accrue et sans une révision plus profonde des termes de l’accord, la RDC risque de rester perdante dans un partenariat censé symboliser son « contrat du siècle ».
Odon Bakumba
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