Dans un communiqué officiel, le gouvernement congolais, par la voix des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), a appelé les FDLR à déposer les armes et à se rendre. En cas de refus, l’armée congolaise prévient qu’elle usera de la force.
Le 7 novembre, les autorités congolaises et rwandaises ont annoncé avoir examiné les préparatifs d’une opération militaire conjointe contre les FDLR et adopté un accord de mise en œuvre. Kigali considère ce groupe comme une organisation génocidaire et une menace permanente pour sa sécurité nationale.
Les FDLR posent leurs conditions : un dialogue inter-rwandais
Le message de Kinshasa n’a toutefois pas ébranlé la position du mouvement.
Le lieutenant-colonel Octavien Mutimura, porte-parole des FDLR-FOCA, a déclaré sur les ondes de RFI que les rebelles ne déposeront pas les armes sans contrepartie politique.
« On doit juger la cause de notre lutte armée. Nous sommes là pour nous protéger et protéger les réfugiés rwandais abandonnés. Remettre les armes sans que toutes les conditions soient réunies, c’est une utopie », a-t-il affirmé.
Selon lui, seule l’ouverture d’un dialogue inclusif entre Rwandais pourrait mettre fin au conflit. « Nous résisterons jusqu’à ce que Kigali admette un dialogue inter-rwandais et le retour des réfugiés en toute dignité », a-t-il ajouté, accusant le Rwanda d’orchestrer des attaques contre les FDLR via les rebelles de l’AFC/M23. « L’AFC/M23 nous attaque et menace nos réfugiés. Nous sommes dans l’obligation de les protéger. »
Kinshasa et Kigali misent sur la pression militaire
Pendant que les FARDC menacent de passer à l’action, Kigali poursuit ses efforts de rapatriement et de démobilisation. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 277 Rwandais ont récemment traversé la frontière de Rubavu pour regagner leur pays, après un premier groupe de 532 personnes rapatriées volontairement.
Le 7 novembre, les autorités rwandaises ont annoncé la démobilisation de 156 anciens combattants des FDLR et milices alliées. Trois mois de formation leur seront dispensés, axés sur la discipline, l’éducation civique et la réinsertion.
Les FDLR accusent le HCR de jouer le jeu de Kigali
Les FDLR dénoncent la partialité du HCR dans le processus de rapatriement des réfugiés, estimant que certains retours sont forcés. « Les réfugiés, ce sont nos parents, nos enfants. Certains envoyés au Rwanda avec l’aide du HCR sont des Congolais, d’autres sont capturés et renvoyés de force. Le HCR joue le jeu du Rwanda », accuse Mutimura.
Le mouvement assure disposer encore d’un effectif important et affirme tenir ses positions dans les zones de Bwisha, dans le territoire de Rutshuru, malgré la présence du M23.
Un appel à la médiation internationale
Les FDLR appellent les médiateurs qatariens et américains à accentuer la pression sur Paul Kagame afin d’obtenir un véritable dialogue politique au Rwanda.
« La solution en Afrique centrale, c’est que les présidents s’assoient et se parlent en toute franchise, pour que les peuples de la région vivent en paix et en symbiose », conclut Mutimura.
Un conflit qui perdure depuis plus de vingt ans
Depuis plus de deux décennies, les tentatives de désarmement et de réinsertion des FDLR se sont succédé sans succès.
• En 2001, un premier processus avait conduit au désarmement de plusieurs combattants à Kamina, sous supervision internationale.
• En 2014, plus de 1 500 rebelles avaient remis leurs armes à la SADC et à la MONUSCO, avant d’être cantonnés à Kisangani, Kanyabayonga et Walungu.
• La même année, une réunion de Rome, organisée par la Communauté Sant’Egidio, avait réuni les États-Unis, l’Union européenne, l’ONU et Kinshasa dans une nouvelle tentative de médiation.
• Entre 2009 et 2015, plusieurs opérations militaires conjointes (Umoja Wetu, Kimia I et II, Amani Leo, Amani Kamilifu, Sokola II) ont été lancées sans parvenir à neutraliser durablement le mouvement.
Malgré les appels répétés à la reddition, les FDLR campent sur leur position. Le mouvement conditionne tout désarmement à un dialogue inter-rwandais jugé indispensable pour garantir la sécurité des réfugiés et la stabilité régionale.
Pendant ce temps, Kinshasa et Kigali affichent leur détermination à en finir militairement avec un groupe qui, depuis vingt ans, symbolise l’un des nœuds les plus complexes du conflit à l’Est de la RDC.
Merveilles Kiro
En savoir plus sur BETO.CD
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
