Dans le sud de la province du Sud-Kivu, le territoire de Fizi est devenu un véritable bastion de résistance. Face à ce qu’ils qualifient d’agression rwandaise, des milliers de jeunes, garçons et filles, ont délaissé cartables et outils de travail pour empoigner le fusil. Immersion dans une région où l’arme s’est imposée comme une réalité quotidienne, pour le meilleur et pour le pire.
À 30 ans, James n’est plus le civil qu’il aurait dû être. Commandant d’un groupe armé Wazalendo, il porte sur ses épaules 14 années de maquis.
Pour lui, l’engagement n’est pas un choix, mais une nécessité existentielle. « Il aurait été naïf de fuir et d’assister au morcellement des terres de mes aïeux sans agir », confie-t-il, la détermination glaciale.
Ses hommes quadrillent aujourd’hui le territoire, jusqu’au stratégique « Point Zéro », avec un seul mot d’ordre : empêcher la balkanisation de la République démocratique du Congo.
Cette flamme patriotique brûle jusque dans les lits de l’Hôpital Général de Fizi. Un combattant, blessé au front, n’attend que sa convalescence pour retourner en brousse. « Nous ne nous battons pas pour l’argent, mais pour nos enfants et nos sœurs », martèle-t-il, refusant toute domination étrangère sur ses terres.
À Fizi-Centre, la militarisation s’est infiltrée dans toutes les strates de la vie sociale. La circulation des armes est devenue incontrôlée. Il n’est pas rare de voir des femmes se rendre aux champs, fusil en bandoulière, pour assurer leur sécurité. Plus inquiétant encore : les enfants sont désormais impliqués. « Les armes sont présentes dans plusieurs foyers.
Malheureusement, même les enfants deviennent des porteurs d’armes. C’est la conséquence directe de cette guerre », déplore un habitant. Cette militarisation des foyers crée un climat d’insécurité permanent, transformant chaque citoyen en combattant potentiel, souvent en dehors de toute structure officielle.
Malgré leur rôle de rempart, les Wazalendo vivent dans un dénuement total. Sans prise en charge par l’État, ces « résistants » survivent grâce à de petites barrières sur les axes routiers, où ils demandent des contributions symboliques aux passants. La population dénonce cet abandon : « Ce sont des héros dans l’ombre. On entend dire que de l’argent est décaissé pour eux, mais il n’arrive jamais à destination. Ils ont besoin d’équipement pour leur survie. »
À ce tableau sombre s’ajoute l’agonie des infrastructures. La Route Nationale 5 (RN5), axe vital reliant le Sud-Kivu, le Maniema et le Tanganyika, est dans un état de délabrement avancé. Près du village Ake, la route est sur le point de se couper net, asphyxiant l’économie locale et paralysant les mouvements stratégiques nécessaires à la défense du territoire.
Entre patriotisme héroïque et délitement des structures sociales, le territoire de Fizi s’enfonce dans une économie de guerre où l’avenir de la jeunesse semble s’écrire uniquement à la pointe du canon.
Azarias Mokonzi
En savoir plus sur BETO.CD
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
