La guerre en cours au Soudan continue de produire des conséquences dramatiques pour les populations civiles, en particulier dans la région du Darfour. À Kutum, dans l’État du Nord-Darfour, une récente attaque de drone attribuée à l’armée soudanaise illustre l’ampleur de la crise : pertes humaines, destructions d’habitations et déplacements forcés de familles entières.
Selon le journal Sudan Tribune, la ville de Kutum, sous contrôle des Forces de soutien rapide (FSR) depuis les premiers mois du conflit déclenché le 15 avril 2023, subit des frappes aériennes répétées menées par l’armée soudanaise. Ces attaques ciblent officiellement des positions des FSR, mais touchent également des infrastructures civiles essentielles, notamment l’hôpital rural et le principal marché de la ville.
La dernière frappe en date a visé une maison dans le quartier Al-Salam, au moment où s’y tenait un rassemblement lié à une cérémonie de mariage. Le bombardement, mené par drone, a causé des morts et de nombreux blessés, tout en détruisant des dizaines d’habitations. De nombreuses familles se sont ainsi retrouvées sans abri, contraintes de passer des nuits à ciel ouvert avant de fuir vers des zones plus sûres.
Dans un communiqué, le porte-parole de l’Alliance fondatrice du Soudan (Ta’sis), Alaa El-Din Naqd, a avancé un bilan de 57 morts, dont 17 enfants, et 107 blessés. L’attaque a également aggravé la situation humanitaire locale, déjà fortement détériorée par des mois de conflit.
Une instabilité humanitaire persistante
En mars dernier, la Coordination générale des déplacés et des réfugiés du Darfour a alerté sur une aggravation continue des conditions de vie dans les camps de déplacés. Plusieurs incendies survenus récemment dans différents camps ont détruit plus de 881 abris, entraînant le déplacement de nombreuses familles et la perte totale de leurs biens.
Selon cette structure, les camps situés notamment dans la région de Tawila et d’autres localités du Nord-Darfour enregistrent régulièrement des incendies. Ces sinistres sont attribués à plusieurs facteurs, dont l’utilisation de matériaux de construction hautement inflammables, la hausse des températures et la forte densité de population dans les camps.
Adam Rijal, porte-parole de la Coordination, souligne que les déplacés vivent dans une instabilité permanente, marquée par la poursuite des combats et la recrudescence des incendies. Il décrit des conditions humanitaires « misérables et extrêmement dures », aggravées par l’isolement croissant des zones affectées.
La fermeture répétée de routes et de points de passage frontaliers complique considérablement l’acheminement de l’aide humanitaire. Le poste-frontière d’Adré, considéré comme l’un des principaux couloirs d’approvisionnement en aide et en biens de première nécessité, reste particulièrement stratégique. Sa fermeture fréquente a contribué à une pénurie aiguë de produits de base et à une flambée des prix sur les marchés locaux.
Face à cette situation, les populations déplacées font également face à une montée inquiétante de la malnutrition et des maladies liées au manque de nourriture et de médicaments essentiels. Les acteurs humanitaires redoutent une dégradation rapide de la situation sanitaire si le conflit se poursuit.
L’usage croissant des drones dans le conflit
Les données issues du suivi des conflits sur le terrain, notamment celles du projet ACLED et des cellules locales d’urgence, confirment une intensification du recours aux drones, y compris des drones suicides et d’attaque, depuis le début de l’année en cours.
Plusieurs villes, en particulier au Darfour et dans la région du Kordofan, se sont transformées en véritables champs d’affrontement à ciel ouvert. Les attaques ne se limitent plus aux cibles militaires, mais visent également des infrastructures civiles telles que des hôpitaux, des lieux de culte, des marchés, des routes et des habitations.
Selon des estimations basées sur des sources locales et internationales, les frappes de drones contre des biens civils auraient causé entre 480 et 500 morts depuis janvier, ainsi que plus de 1 200 blessés à travers différents États du Soudan.
L’État du Darfour oriental figure parmi les zones les plus touchées, avec plus de 250 raids aériens recensés au cours des six derniers mois. Les États du Darfour occidental et du Darfour du Sud arrivent en deuxième position, avec des niveaux élevés mais variables de bombardements. Dans le Kordofan du Nord, la ville d’El-Obeid a enregistré une forte intensité d’attaques.
Soupçons d’ingérences extérieures
Par ailleurs, des révélations médiatiques ont fait état d’une possible implication étrangère dans l’alimentation du conflit. Le journal américain The Washington Post a notamment évoqué l’implication d’une entreprise d’armement turque dans la fourniture de drones et de missiles à l’armée soudanaise. Ces équipements auraient été acheminés de manière discrète avant d’être utilisés dans des opérations ayant touché des zones civiles.
Face à l’ampleur des violences, des destructions et des déplacements forcés, les organisations locales et humanitaires appellent à un arrêt immédiat des hostilités. Pour elles, la poursuite de la guerre ne fait qu’accentuer la détérioration des conditions de vie des populations déjà vulnérables.
Rédaction
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