Publié en août 2010 par le Haut-commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme, le rapport Mapping révèle plusieurs violations graves des droits de l’homme et droits internationaux commis en RDC, dans différentes provinces, notamment au Sud-Kivu. POLITICO.CD s’est employé à vous faire découvrir les différentes hostilités ouvertes dans ce coin du pays comme dans d’autres, entre fin 1996 et 1997. Il en a résulté la mort des centaines de milliers des réfugiés d’origine Rwandaise ainsi que des populations autochtones dans les différents affrontements qui ont principalement opposé les troupes rebelles alliés AFDL/APR aux Forces Armées Zaïroises (FAZ). Ces affrontements ont par moment impliqué les ex-FAR/Interahamwe, un mouvement de rébellion Rwandaise formé à l’Est de la RDC.
Les groupes alliés massacrent les réfugiés Rwandais et burundais
Après les massacres survenus au Burundi fin 1993 et la prise de pouvoir par le Front Patriotique Rwandais (FPR) au Rwanda en 1994, plusieurs centaines de milliers des réfugiés hutu burundais et rwandais ainsi que des éléments ex-FAR/Interahamwe ainsi que des rebelles burundais du CNDD-FDD avaient trouvé refuge dans la province du Sud-Kivu. Fin 1994, les éléments ex-FAR/Interahamwe ont multiplié les incursions, parfois meurtrières au Rwanda, afin de reprendre le pouvoir par la force. À partir de 1995, l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) a mené au moins deux raids au Zaïre (RDC), afin de les neutraliser. L’incident allégué suivant a été documenté :
• Le 11 avril 1995, une cinquantaine des militaires de l’APR ont attaqué à l’arme lourde le camp de Birava, sur le territoire de Kabare, tuant une trentaine de personnes et en blessant gravement un nombre indéterminé d’autres. Au cours de l’attaque, les ex-FAR/Interahamwe et les réfugiés n’ont pas riposté. Suite à cet incident, les réfugiés de ce camp ont été transférés dans les camps de Chimanga et Kashusha. Un nouvel incident allégué aurait eu lieu en avril 1996 au niveau du camp de réfugiés burundais et rwandais de Runingu dans le territoire d’Uvira.
• Au cours du mois d’avril 1996, des éléments armés banyamulenge/tutsi en provenance du Burundi ont tué entre huit et dix réfugiés dans le camp de Runingu
sur le territoire d’Uvira. Les assaillants ont ensuite continué leur chemin en direction des Hauts ou Moyens Plateaux, Territoire d’Uvira.
En 1996, l’agence onusienne des réfugiés (UNHCR) estimait à 219.466 le nombre de réfugiés dans le territoire. Comme indiqué précédemment, après l’assassinat, le 21 octobre 1993 à Bujumbura, du Président hutu Melchior Ndadaye, des violences inter-ethniques ont éclaté au Burundi entre les Hutu et les Tutsi. Face à la répression organisée par les Forces armées burundaises (FAB), dominées par les Tutsi, plusieurs dizaines de milliers de Hutu se sont réfugiés au Sud-Kivu entre 1993 et 1995. Dans leur sillage, au cours de l’année 1994, le mouvement hutu burundais du Centre national pour la défense de la démocratie (CNDD) de Léonard Nyangoma et sa branche armée, les Forces pour la défense de la démocratie (FDD) se sont installés dans les territoires d’Uvira et de Fizi.
14 octobre 1997, ces réfugiés étaient repartis dans les onze camps situés le long de la rivière Ruzizi: Runingu, Rwenena, Lubarika,
Kanganiro, Luvungi, Luberizi (camp situé entre Mutarule et Luberizi), Biriba, Kibogoye, Kajembo, Kagunga et Kahanda. Bien que dans certains camps, les réfugiés civils
cohabitaient avec des éléments ex-FAR/Interahamwe (par exemple, dans le camp de Kanganiro) ou ceux du CNDD-FDD (par exemple, dans le camp de Kibogoye), l’immense majorité des réfugiés étaient des civils non armés. L’incident allégué suivant a été documenté:
• Dans la nuit du 13 au 14 octobre 1996, des éléments armés banyamulenge/tutsi ont attaqué le camp de Runingu à l’arme lourde, tuant quatre réfugiés et en blessant sept autres.
Après la création officielle de l’AFDL le 18 octobre 1996, les troupes de l’Alliance appuyées par celles de l’APR et des FAB (Forces armées burundaises) ont attaqué le village de Bwegera. Après avoir pris le contrôle du village, le 20 octobre, les militaires se sont divisés en deux colonnes, la première partant vers Luvungi en direction du nord et la seconde vers Luberizi en direction du sud. Au cours de leur progression, les militaires de l’AFDL/APR/FAB auraient mené des attaques généralisées et systématiques contre les onze camps de réfugiés rwandais et burundais installés dans le territoire. De nombreux témoins ont affirmé que ces attaques se sont déroulées alors que la plupart des éléments des ex-FAR/Interahamwe et ceux du CNDD-FDD avaient depuis quelques jours déjà quitté la zone.
L’Équipe Mapping a documenté les incidents allégués suivants:
• Le 20 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont attaqué les camps de réfugiés d’Itara I et II situés près du village de Luvungi, tuant au moins 100 réfugiés burundais et rwandais. Dans le village voisin de Katala, ils ont capturé et tué à bout portant des réfugiés qui tentaient de fuir. Les militaires ont ensuite forcé la population locale à enterrer les cadavres dans des fosses communes.
• Le 20 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont attaqué à l’arme lourde le camp de Kanganiro situé à Luvungi, tuant un nombre indéterminé des réfugiés dont une vingtaine qui se trouvaient dans l’hôpital du camp. Au cours de la même journée, ils ont aussi tué un nombre indéterminé de réfugiés qui se cachaient à Luvingi dans les maisons de civils zaïrois. Les militaires ont ensuite forcé la population locale à enterrer les cadavres dans des fosses communes.
• Le 20 octobre 1996, à leur entrée dans le village de Rubenga, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont tué un nombre indéterminé de réfugiés et de civils zaïrois qui fuyaient en direction du Burundi. Les corps des victimes ont ensuite été jetés dans la rivière Ruzizi.
• Le 21 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont attaqué le camp et le village de Lubarika, tuant un nombre indéterminé de réfugiés rwandais et burundais ainsi que des civils zaïrois qui tentaient de fuir le village après le départ des FAZ (Forces Armées Zaïroises). Les militaires ont obligé la population locale à enterrer les corps dans
quatre grandes fosses communes. Le même jour, les militaires ont aussi brûlé vifs trente réfugiés dans une maison du village de Kakumbukumbu situé à 5 kilomètres du camp de Lubarika.
• Le 21 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont attaqué à l’arme lourde le camp de réfugiés de Luberizi, situé entre Luberizi et Mutarule, tuant environ 370 réfugiés. Les militaires ont jeté les corps des victimes dans les latrines. Ils ont aussi tué plusieurs dizaines de personnes (réfugiés et zaïrois) au niveau des villages de Luberizi et Mutarule. Après les tueries, les corps de plus de 60 victimes ont été retrouvés dans les maisons des deux villages.
• Le 24 octobre 1996, des troupes de l’AFDL/APR/FAB ont attaqué le camp de Kagunga et y ont tué un nombre indéterminé de réfugiés. Un témoin direct de l’attaque a affirmé avoir vu huit cadavres. Les militaires ont aussi tué un nombre indéterminé de réfugiés qui tentaient de fuir en compagnie de Zaïrois au niveau du village de Hongero, situé à un kilomètre de Kagunga.
Après la prise de la ville d’Uvira dans la nuit du 24 au 25 octobre 1996 et la mise en déroute des FAZ sur pratiquement tout le territoire d’Uvira, les réfugiés burundais et
rwandais se sont enfuis dans plusieurs directions. Certains sont partis dans le territoire de Fizi puis ont atteint le Nord-Katanga, la Tanzanie ou la Zambie. D’autres ont tenté de fuir vers le nord en passant par les territoires de Kabare et Walungu. De nombreux réfugiés
burundais se sont enfuis en direction du Burundi. Ne pouvant pas traverser la rivière Ruzizi, ils ont souvent été appréhendés au niveau de la sucrerie de Kiliba et des villages de Ndunda, Ngendo et Mwaba. Dans ce contexte, l’Équipe Mapping a documenté les incidents allégués suivants:
• Le 25 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont tué un nombre indéterminé de réfugiés qui se cachaient dans des habitations abandonnées dans les secteurs 3 et 4 de la sucrerie de Kiliba.
• Entre le 1er et le 2 novembre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont tué de manière indiscriminée environ 250 civils, parmi lesquels plus de 200 réfugiés et une trentaine de Zaïrois dans le village de Ndunda, situé tout près de la frontière avec le Burundi. Les réfugiés s’étaient cachés dans le village de Ndunda en espérant obtenir la protection des miliciens du CNDD-FDD qui avaient une base
dans les environs. Au cours de l’attaque, plusieurs réfugiés se sont noyés dans la rivière Ruzizi en tentant de s’enfuir. Les militaires ont également tué des Zaïrois du village car ils les accusaient de soutenir le CNDD-FDD
• Le 24 novembre 1996, dans le village de Mwaba, des éléments de
l’AFDL/APR/FAB ont brûlé vifs 24 réfugiés hutu burundais en provenance du camp de Biriba. A leur arrivée à Mwaba, les militaires ont arrêté les personnes
présentes dans le village. Après les avoir interrogées, ils ont libéré les civils zaïrois et enfermé les réfugiés burundais dans une maison.
Les militaires de l’AFDL/APR/FAB ont érigé de nombreuses barrières sur la plaine de la Ruzizi, autour des villages de Bwegera, Sange, Luberizi, Kiliba, à l’entrée d’Uvira cité (Port de Kalundu), au niveau de Makobola II (dans le territoire de Fizi) et à celui du ravin de Rushima (territoire d’Uvira). Au niveau de ces barrières, les militaires auraient trié les personnes interceptées en fonction de leur nationalité sous prétexte de préparer leur retour dans leur pays d’origine. Les personnes identifiées comme Hutu
rwandaises ou burundaises sur la base de leur accent, de leurs caractéristiques morphologiques ou de leur habillement ont été systématiquement séparées des autres personnes interceptées et tuées dans les environs.
L’Équipe Mapping a
documenté les incidents allégués suivants:
• Le 22 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont tué dans le ravin de Rushima, entre Bwegera et Luberizi, un groupe de près de 550 réfugiés hutu rwandais qui s’étaient enfuis des camps de Luberizi et Rwenena quelques jours
auparavant. Les militaires avaient intercepté les victimes au niveau des barrières érigées dans les environs.
Entre le 27 octobre et le 1er novembre 1996, sous prétexte de les rapatrier au Rwanda, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont conduit un nombre indéterminé de réfugiés supplémentaires dans le ravin de Rushima et les ont exécutés.
• Au cours des jours et des semaines qui ont suivi le 25 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont massacré un nombre indéterminé de réfugiés à un endroit appelé Kahororo, situé dans le secteur 7 de la sucrerie de Kiliba. Les victimes avaient été appréhendées dans les villages environnants.
• Le 29 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont tué environ
réfugiés de sexe masculin à proximité de l’église de la 8e CEPZA (Communauté des Églises Pentecôtistes au Zaïre), actuellement CEPAC (Communauté des Églises Pentecôtistes en Afrique Centrale) dans le village de Luberizi. Les victimes faisaient partie d’un groupe de réfugiés à qui les militaires avaient fait croire qu’ils devaient se regrouper en vue d’être rapatriés au Rwanda. Les militaires ont séparé les hommes du reste du groupe et les ont tués à coups de baïonnettes ou par
balles. Les corps des victimes ont été enterrés dans des fosses communes situées à proximité de l’église.
• Le 3 novembre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont brûlé vifs 72 réfugiés rwandais dans la maison de la Cotinco, située à un kilomètre du village de Bwegera. Les victimes avaient été capturées dans les villages voisins.
Les éléments de l’AFDL/APR/FAB avaient rassemblé les victimes dans la maison de Cotongo en leur faisant croire qu’elles allaient être ensuite rapatriées au Rwanda.
• Le 13 novembre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont tué environ 100 réfugiés burundais dans le village de Ngendo, situé à 7 kilomètres de Sange, dans le territoire d’Uvira.
• Le 8 décembre 1996, des militaires de l’AFDL/APR/FAB ont tué 13 réfugiés de sexe masculin dans le village de Rukogero situé à 9 kilomètres de Sange dans le territoire d’Uvira. Les victimes faisaient partie d’un groupe de 200 à 300 réfugiés qui avaient fui le camp de Kibogoye. Une fois arrêtés, les réfugiés ont été enfermés dans l’église de la 8e CEPZA. Les militaires ont laissé partir les femmes et les filles mais ont tué les hommes et les garçons. Les cadavres des victimes ont été jetés dans les latrines à côté de l’église.
• Le 12 décembre 1996, des éléments de l’AFDL/APR/FAB ont tué quinze civils dans le village de Ruzia, parmi lesquels des réfugiés qui avaient fui le camp de Luberizi/Mutarule ainsi que des civils zaïrois. Les victimes ont été capturées au cours d’une opération de ratissage menée par les militaires afin de débusquer les
réfugiés se cachant parmi la population zaïroise. Certaines victimes ont été brûlées vives dans une maison et d’autres ont été fusillées. Les corps des victimes
ont ensuite été enterrés dans trois fosses communes.
• Le 22 décembre 1996 à Ruzia, au bord de la rivière Ruzizi, des militaires de l’AFDL/APR/FAB ont tué au moins 150 personnes dont une majorité de réfugiésr rescapés de l’attaque sur le camp de Runingu. Les victimes se cachaient dans la forêt lorsque les militaires les ont repérées. Leurs corps ont été brûlés par les militaires deux jours après l’incident. Une autre source a avancé le nombre de 600 victimes.
Autant de massacres commis en RDC, pour lesquels jusque-là justice n’a pas encore été rendue. Plusieurs personnalités et organisations plaident notamment pour la mise en place du Tribunal pénal spécial à cet effet.
BMB
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