L’acteur politique Junior Kudura est revenu, le 19 mars dernier, sur la rencontre entre le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame à Doha, au Qatar. Lors de son passage sur la radio Top Congo, il a salué une avancée diplomatique majeure tout en appelant à la prudence et à la transparence dans la gestion de ce conflit.
Si la réunion entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame a débouché sur l’annonce d’un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, Junior Kudura met en garde contre un excès d’optimisme.
« C’est un cessez-le-feu, oui, mais ce n’est pas un cessez-la-guerre. Il y a des raisons d’être optimiste, car c’est un pas majeur sur le plan diplomatique. Cependant, ce n’est pas parce qu’il y a un cessez-le-feu que, pour autant, la guerre s’arrête. La prudence demeure donc le principe », affirme cet acteur politique.
Selon lui, cette rencontre a mis en évidence une contradiction majeure dans le discours de Paul Kagame, qui avait toujours affirmé que le conflit dans l’Est de la RDC était une crise congolo-congolaise. Or, en acceptant d’engager des discussions avec Félix Tshisekedi, le président rwandais reconnaît implicitement l’implication directe du Rwanda dans cette crise.
« Si le M23 n’était pas contrôlé par le Rwanda, si les troupes rwandaises n’étaient pas présentes sur le sol congolais, comment le président Kagame pourrait-il aujourd’hui accepter et décider d’un cessez-le-feu ? », s’interroge-t-il.
Pour Junior Kudura, cela confirme ce que Kinshasa dénonce depuis longtemps : le Rwanda est l’instigateur et l’acteur principal du conflit dans l’Est de la RDC.
Une gifle pour l’opposition congolaise ?
Cette rencontre entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame remet également en question la position de plusieurs opposants congolais, qui s’étaient prononcés en faveur de négociations directes entre le M23 et le gouvernement congolais.
Des partis politiques et des organisations comme Envol, ECIDE, LGD, l’Église catholique ainsi que certains opposants récemment libérés avaient, à travers des communiqués et des tweets, soutenu cette approche. Pourtant, pour Junior Kudura, la véritable négociation devait avoir lieu entre les chefs d’État, et non avec un groupe rebelle.
« Le chef de l’État a démontré que les véritables discussions doivent avoir lieu entre les vrais acteurs, c’est-à-dire entre présidents, confirmant ainsi que ce conflit est international. Cela montre que ces opposants ont eu une mauvaise lecture de la nature du conflit », martèle-t-il.
Dès lors, il invite ces opposants à reconnaître leur erreur : « Aujourd’hui que Félix Tshisekedi a négocié directement avec le président rwandais, seront-ils prêts à faire un communiqué pour reconnaître qu’ils se sont trompés ? Seront-ils prêts à rejeter ce cessez-le-feu ? Car si ces acteurs-là avaient été au pouvoir, ils auraient discuté directement avec le M23, alors que ce dernier n’est qu’un acteur de second rang»,
Un appel à la transparence
Au-delà des débats politiques, Junior Kudura insiste sur un élément fondamental : la nécessité d’une transparence totale sur les négociations en cours. Selon lui, le gouvernement congolais doit tirer les leçons du passé et éviter de mystifier la question rwandaise, comme cela aurait été le cas sous les précédents régimes.
« Les Congolais ont droit à une transparence totale sur ce qui est fait en leur nom, sur ce qui est négocié et sur les décisions prises. On ne peut pas rechercher l’unité nationale et la mobilisation générale sans informer le peuple », recommande-t-il.
Il appelle donc à une communication claire sur les discussions entre Kinshasa et Kigali, qu’elles aboutissent ou non, car l’enjeu principal est l’unité nationale.
Vers une nouvelle phase du conflit ?
Cette analyse bien scrutée de l’acteur politique Kudura n’est pas anodine puisque le gouvernement rwandais a exprimé, le dimanche 23 mars 2025, sa satisfaction après l’annonce du retrait des forces du Mouvement du 23 Mars (M23) de Walikale, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Kigali a également salué la décision des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) de suspendre toutes les opérations offensives, y compris celles des groupes d’autodéfense Wazalendo.
Le Rwanda se félicite d’un pas vers la paix
Dans un communiqué officiel publié dimanche, le gouvernement rwandais a salué cette évolution comme un geste en faveur de la désescalade.
« Le Rwanda se félicite de l’annonce du repositionnement des forces du M23 depuis Walikale en soutien aux initiatives de paix en cours, ainsi que de l’annonce de la RDC selon laquelle toutes les opérations offensives des FARDC et des Wazalendo seront arrêtées », indique le document.
Ézéchiel CTM
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