La Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo a tenu, ce jeudi, une audience consacrée aux plaidoiries dans le procès de l’ancien président Joseph Kabila Kabange. L’ancien chef de l’État, déclaré défaillant, était absent lors de la séance qui s’est déroulée au Palais du Peuple. L’audience a été suspendue et reprendra ce vendredi 22 août avec le réquisitoire du ministère public.
Les avocats des parties civiles, représentant la RDC ainsi que les provinces du Nord et du Sud-Kivu, ont sollicité la condamnation de Joseph Kabila au paiement de 21,7 milliards de dollars américains pour dommages et intérêts. Ces préjudices, selon eux, englobent les destructions matérielles, les pertes financières et les atteintes humaines : meurtres, déplacements de populations et pillages de ressources naturelles. Les pertes en vies humaines, non encore chiffrées, pourraient faire l’objet de demandes ultérieures.
Lors de sa plaidoirie, Me Laurent Kalengi a insisté sur la fortune présumée de l’ancien président : « Nous postulons 32 milliards à titre de dommages et intérêts pour indemniser la RDC. Il est venu au pouvoir sans jamais déclarer ses avoirs, même lorsqu’il est parti. Vous allez récupérer ses biens et les vendre aux enchères. »
Me Richard Bondo, chef du collectif d’avocats, a dressé un portrait sévère de l’ancien chef de l’État, le qualifiant de « sadique et dangereux » pour l’intégrité territoriale du pays. Selon lui, la fortune de Kabila — estimée à plus de 30 milliards de dollars — serait issue « de l’argent sale accumulé sur le sang du peuple congolais ».
Pour sa part, Me Samuel Dimwene a accusé Kabila d’avoir agi délibérément pour affaiblir le pays : « Il tue comme il respire. Huit mille morts sont recensés dans des rapports d’ONG. Il voulait même assassiner Félix Tshisekedi. » Il a réclamé sa condamnation, son arrestation immédiate ainsi que la saisie de tous ses biens.
Me Jean-Marie Kabengela a, de son côté, mis en avant la complicité présumée de Joseph Kabila avec les rebelles du M23 et l’armée rwandaise, évoquant la perte de deux aéroports, la mort de nombreux civils et la déscolarisation de milliers d’enfants. Il a plaidé pour que Kabila soit jugé non pas comme Congolais, mais comme « espion », en raison de sa nationalité rwandaise supposée sous le nom d’Hypolite Kanambe. Les avocats ont demandé la requalification de l’infraction de trahison en espionnage, assortie de la confiscation des biens de l’ancien président, présentée comme une mesure de sécurité publique et de réparation en faveur de l’État congolais et des victimes.
Les accusations portées contre Joseph Kabila sont multiples et graves : participation à un mouvement insurrectionnel, crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, homicides intentionnels, trahison, viols, tortures, déportation et occupation par la force de Goma. La partie civile a soutenu que ces actes ont laissé des séquelles profondes, tant sur la morale collective que sur les biens matériels et les finances publiques.
L’audience reprendra ce vendredi avec le réquisitoire du ministère public, moment décisif pour un procès qui marque un tournant dans l’histoire judiciaire et politique du pays.
C. Timothée ÉZÉCHIEL
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