Baptisés «Patrice Lumumba», «Simon Kimbangu» et «Étienne Tshisekedi», ces navires sont les premiers d’une flotte de huit unités commandées en Égypte. Leur arrivée est perçue comme une réponse directe au déficit structurel en poissons frais qui affecte durablement les marchés congolais.
L’initiative, pilotée par le ministre de la Pêche et de l’Élevage, Adrien Bokele Djema, découle d’une décision du gouvernement prise dès décembre 2021. À cette époque, le ministre avait adressé une correspondance au Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde pour solliciter une provision de 15 millions USD destinée à l’acquisition de deux chalutiers marins et quatre bateaux pour les eaux intérieures.
Quatre ans plus tard, le rêve devient réalité
Selon le dernier compte rendu du Conseil des ministres du 27 juin 2025, les huit bateaux – cinq destinés aux eaux fluviales et trois chalutiers pour la côte Atlantique – avaient quitté le territoire égyptien le 5 juin dernier. Leur trajet a été suivi par géolocalisation jusqu’à leur arrivée au port de Boma.
Les trois premiers bateaux débarqués – d’une longueur de 27 mètres chacun – ont été fabriqués en Égypte par l’entreprise Yetu, partenaire officiel de la RDC dans ce projet. Les essais techniques, menés sur le Nil le 17 septembre 2024, avaient donné des résultats « satisfaisants » selon Daniel Nsongo, chef de la délégation congolaise envoyée pour l’inspection.
L’objectif est double : renforcer la pêche industrielle et diminuer la dépendance vis-à-vis des importations de produits halieutiques, notamment en provenance de Namibie et de l’Angola, comme cela avait été le cas dans les années précédentes.
Une stratégie progressive et structurée
Ces bateaux font partie d’une flotte totale projetée de 15 unités, réparties comme suit :
3 chalutiers de 27 mètres pour la côte Atlantique ;
3 bateaux de 16 mètres également pour les eaux marines ;
4 bateaux de 12 mètres pour les lacs Albert et Tanganyika ;
5 unités fluviales pour le fleuve Congo et ses affluents.
Le ministre Adrien Bokele avait laissé entendre que cette acquisition ne sera pas isolée. Elle sera accompagnée d’un investissement en logistique terrestre, incluant des chambres froides, marchés de poissons, et débarcadères modernes. Des travaux sont également en cours à Muanda, Boma et Matadi, pour assurer une chaîne de distribution efficiente.
15 millions USD pour relancer la pêche industrielle
C’est le montant de la provision débloquée par le gouvernement dès 2022 pour financer cette relance. Cette somme a permis non seulement la fabrication des navires mais aussi la mise en place de l’accompagnement technique, la certification et la logistique liée à leur déploiement.
Les bateaux vont être exploités par la Société Congolaise des Pêches (SOCOPE), sous la supervision du ministère de la Pêche et de l’Élevage et en partenariat avec l’Office national de pêche et d’aquaculture (ONPA).
Un espoir pour la consommation locale
Pour la population, l’arrivée de ces navires est un signal fort. Le conseiller au ministère provincial de Pêche du Kongo-Central, Lumbaya, a rassuré les habitants : «À la population d’être rassurée que bientôt nous allons manger les poissons pêchés par nous-mêmes, et le prix de ces poissons va baisser ».
Cette baisse espérée des prix, combinée à une offre accrue en poissons frais d’origine nationale, pourrait changer la donne sur les marchés congolais où le poisson est souvent importé, congelé et vendu à prix élevé.
Un tournant pour la sécurité alimentaire
Avec l’accostage des premiers navires à Boma, la RDC entre dans une nouvelle phase de sa politique halieutique. Ce programme de grande envergure vise à faire de la pêche industrielle un pilier de la souveraineté alimentaire nationale.
La vision du Président Félix Tshisekedi, traduite en actes concrets par le ministère de la Pêche et de l’Élevage, pourrait bien, dans les mois à venir, révolutionner l’accès des Congolais à une alimentation saine, locale et durable.
Chiffres clés :
8 bateaux commandés en Égypte : 5 fluviaux, 3 marins;
15 millions USD débloqués en 2022;
27 mètres : taille des trois chalutiers réceptionnés;
Objectif national : 15 navires au total;
Port d’accostage : Boma, Kongo-Central;
Partenaires techniques : Yetu (fabricant), SOCOPE (opérateur), ONPA (gestionnaire).
L’arrivée des 5 autres bateaux fluviaux est attendue au port de Matadi, ainsi que l’inauguration des infrastructures logistiques à Muanda.
Christian Okende
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