Mais, en toile de fond, l’opposition se prépare, elle aussi, à entrer dans l’arène du dialogue politique sous l’égide du tandem CENCO–ECC. Toutefois, déjà, les divisions réapparaissent. Martin Fayulu, chef de file de Lamuka, reste un électron libre : ni intégré dans le nouvel exécutif, ni invité à la table de préparation de l’opposition. Pour certains, il n’est plus perçu comme un opposant « à part entière » depuis son rapprochement avec le pouvoir. Une mise à l’écart qui risque d’accentuer l’émiettement des forces hostiles au régime, alors que des figures comme Franck Diongo ou Seth Kikuni restent en embuscade.
Addis-Abeba, Doha, et l’ombre des armes
Sur le plan sécuritaire, le 8 et 9 août ont marqué un jalon diplomatique avec la formalisation de l’accord de Washington et la rencontre d’Addis-Abeba entre la RDC et le Rwanda pour mettre en place un mécanisme conjoint de neutralisation des FDLR. Dans le même temps, à Doha, la signature de la déclaration de principes n’a pas empêché les tensions.
Depuis cet acte, l’AFC/M23 multiplie les violations du cessez-le-feu et conditionne sa participation à la libération d’environ 700 prisonniers, parmi lesquels des proches de Corneille Nangaa et des membres condamnés à mort par la justice militaire congolaise. Kinshasa, qui reconnaît les rebelles comme des hors-la-loi, refuse d’accéder à de tels préalables, tout en restant engagé dans la dynamique des pourparlers.
Massacres et indignation internationale
L’agenda diplomatique est assombri par les massacres du Nord-Kivu : entre le 9 et le 21 juillet, au moins 319 civils ont été tués dans quatre villages de Rutshuru, selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Parmi les victimes, 48 femmes et 19 enfants, souvent abattus alors qu’ils travaillaient dans les champs.
La Belgique, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a exprimé son « indignation » face à ces crimes « insoutenables » et appelé au strict respect des engagements de Doha, avec un impératif clair : protéger les populations civiles.
Concessions et méfiances
Kinshasa avait initialement refusé toute négociation avec l’AFC/M23, avant de franchir sa « ligne rouge » en acceptant le dialogue. Mais si les médiateurs qatariens et américains insistent pour que chaque camp fasse des concessions, la méfiance reste de mise. Le Rwanda n’a pas signé l’accord de Washington, confirmant que le chemin vers la paix sera semé d’embûches.
Une double urgence
À Kinshasa comme à Goma, une double urgence se profile :
Politiquement, rassembler une opposition éclatée qui risque de rater le train du dialogue national.
Sécuritairement, maintenir le fragile cessez-le-feu à l’Est et concrétiser les engagements pris sur la scène internationale.
Car si les discussions de Doha échouent ou se figent dans les préalables, la RDC pourrait se retrouver à nouveau dans l’impasse, avec une paix reportée sine die.
Christian Okende
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