Selon MSF, cette flambée épidémique – la plus grave enregistrée dans la zone depuis cinq ans – trouve son origine dans le dysfonctionnement des principaux points de captage d’eau potable, devenus inaccessibles en raison de l’insécurité, ainsi que dans la fragilité persistante du système de santé local. La situation s’est davantage détériorée avec les mouvements de populations fuyant les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC), leurs alliés Wazalendo et le groupe armé AFC/M23.
Au total, plus de 800 personnes contaminées ont été prises en charge par les équipes de MSF dans la zone de santé de Ruzizi. Ces déplacements répétés favorisent la propagation du choléra, les familles vivant souvent dans des conditions de promiscuité extrême, sans accès à l’eau potable, au sein de ménages d’accueil déjà précarisés par la crise.
À l’hôpital général de Sangé, les récits des patients illustrent l’ampleur de la crise. Busimé y a conduit sa petite-fille Gisèle, âgée de trois ans, gravement atteinte. « J’avais fui la guerre dans le village de Kigurwe. Je suis revenue à Sangé il y a un mois, car mes enfants n’arrivaient pas à s’adapter ailleurs », confie-t-elle.
Même parcours pour Nakitula, 25 ans, agricultrice. « J’avais trouvé refuge à Kahungwe, dans la zone de santé de Lemera. Mais sans champ ni revenu, la situation est devenue insoutenable. J’ai dû rentrer », explique-t-elle.
Tanishaka, 48 ans, agriculteur, se souvient de l’apparition brutale des symptômes : « En pleine nuit, j’ai ressenti de violentes douleurs abdominales, suivies de vomissements et de diarrhées. Quand mon état s’est aggravé, des voisins ont cotisé pour payer une moto afin de m’emmener à l’hôpital. »
Une crise aggravée par l’accès à l’eau
MSF alerte sur la situation critique de l’approvisionnement en eau potable à Sangé. Depuis plusieurs mois, l’eau ne coule plus dans de nombreux foyers. Les deux principaux points de captage sont hors service et situés dans des zones devenues inaccessibles en raison de la présence de groupes armés.
« Le système de filtrage est obstrué par le sable et la terre. La population n’avait tout simplement plus accès à l’eau potable », explique Mamadu Diallo, responsable médical de l’équipe d’urgence de MSF.
Faute d’alternative, de nombreux habitants ont été contraints de consommer l’eau de la rivière ou celle du canal d’irrigation. « C’est une eau sale, non traitée, mais nous n’avions pas le choix. Ma fille s’est rapidement déshydratée. Elle ne parvenait même plus à se relever », témoigne Busimé.
Fin janvier, à la suite d’une explosion
meurtrière dans la ville, les équipes de MSF ont dû évacuer temporairement Sangé pour des raisons de sécurité. L’ONG a néanmoins poursuivi ses activités à distance jusqu’à la mi-février, afin d’assurer la continuité des soins.
Pour contenir l’épidémie, MSF soutient le centre de traitement du choléra de l’hôpital général de Sangé ainsi que le centre de santé de Ndunda, en périphérie de la ville. Plus de 50 points de chloration de l’eau ont été installés dans la zone de santé de Ruzizi.
Parallèlement, l’organisation travaille avec la communauté locale pour nettoyer et réhabiliter les infrastructures de captage.
« Le libre accès à l’eau potable reste le principal défi à résoudre en priorité », souligne Edwige Bagula, coordinatrice médicale de MSF.
Face au risque de résurgence, les équipes intensifient également les activités de prévention. « Les mouvements constants de population amènent des personnes qui n’ont jamais été sensibilisées aux mesures de prévention », explique Elisé Wilondja, superviseur en promotion de la santé. Des relais communautaires sont formés pour détecter rapidement les symptômes et promouvoir les bonnes pratiques d’hygiène, notamment le nettoyage régulier des bidons d’eau, souvent sources de contamination.
Dans cette région où le choléra demeure endémique, MSF espère ainsi éviter une nouvelle flambée, alors que la situation sécuritaire et humanitaire reste extrêmement fragile.
Gloire MALUMBA
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