Dans une lettre manuscrite adressée à la Nation congolaise, Constant Mutamba est sorti de son mutisme depuis ce qu’il décrit comme un « retrait imposé ». L’ancien ministre de la Justice, aujourd’hui détenu, y livre ce 28 mars 2026 une réflexion sur le débat de l’ère autour d’une éventuelle révision ou modification de la Constitution.
Dans ce texte, rédigé dans un ton à la fois sobre et solennel, il affirme avoir choisi de s’exprimer « avec responsabilité », refusant de céder au silence face à une question qu’il juge cruciale pour l’avenir du pays.
À la toile de fond de son message, Constant Mutamba met en garde contre deux attitudes qu’il considère comme dangereuses : d’une part, le rejet systématique de toute réforme, susceptible de bloquer l’évolution institutionnelle ; d’autre part, l’adhésion aveugle, qu’il estime incompatible avec les exigences de la vigilance démocratique.
Reconnaissant qu’aucune Constitution n’est « parfaite ni immuable », il pose néanmoins une question qu’il juge essentielle : celle de la finalité de toute réforme. Pour lui, une révision constitutionnelle ne saurait être légitime que si elle sert l’intérêt général.
« Je ne suis ni dans une opposition de destruction, ni dans un accompagnement sans exigence. Je suis du côté de la République. Si elle sert le peuple, elle mérite d’être examinée. Si elle sert des intérêts partisans, elle mérite d’être rejetée », affirme-t-il.
L’ancien garde des Sceaux plaide ainsi pour un débat « ouvert, apaisé et inclusif », tout en annonçant qu’il restera « très exigeant » quant aux motivations, à la méthode et aux objectifs d’un éventuel changement de la loi fondamentale.
S’adressant particulièrement à la jeunesse congolaise, il appelle à une vigilance active sans céder « ni au découragement, ni à la manipulation ». Il exhorte également les institutions à faire de cette séquence politique « une occasion de maturité », plutôt qu’un facteur de division.
« être exigeant sans être destructeur, engagé sans être instrumentalisé, libre sans être isolé. La République ne se négocie pas. Elle se protège, se renforce et se transmet », a-t-il conclu.
Le 2 septembre 2025, Constant Mutamba a été condamné à trois ans de travaux forcés par la Cour de cassation, reconnu coupable de détournement de fonds publics d’un montant estimé à près de 19 millions de dollars.
Selon la justice congolaise, ces fonds étaient destinés à la construction d’une prison à Kisangani et provenaient en partie des indemnisations versées par l’Ouganda aux victimes de la « guerre des six jours ». En plus de sa peine, il a été frappé d’une inéligibilité de cinq ans et d’une interdiction d’exercer toute fonction publique.
Avant son procès, il avait présenté sa démission en juin 2025, tout en rejetant les accusations portées contre lui, évoquant une « machination politique ».
Depuis le 8 août 2025, il a été remplacé au ministère de la Justice par Guillaume Ngefa Atondoko.
Silas MUNGINDA
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