Quatorze jours après la première alerte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) faisant état de la réapparition d’Ebola dans la province de l’Ituri, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a appelé, ce lundi 18 mai, la communauté internationale à agir d’urgence et a réclamé la réouverture immédiate de l’aéroport de Goma afin de briser le blocus humanitaire.
Dans une déclaration diffusée sur le web, le gynécologue congolais salue la réactivité de l’OMS, qui a classé cette épidémie comme une « urgence de santé publique de portée internationale ». Pour le fondateur de l’hôpital de Panzi, l’argument de l’insécurité ne peut plus servir d’excuse à l’inaction.
« Depuis des décennies, je soigne des patients dans l’est de la République démocratique du Congo, au cœur de conflits qui ont détruit les systèmes de santé dont la population dépend pour survivre. Aujourd’hui, une souche rare d’Ebola, contre laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement, se propage à travers la province de l’Ituri, déjà dévastée par des groupes armés, des déplacements de population et une saturation des services de santé, ainsi que dans les régions voisines », a-t-il déclaré.
Le médecin lance également un appel direct aux acteurs du conflit afin de débloquer les voies d’accès humanitaires.
« À cette fin, nous exhortons toutes les parties impliquées, y compris les forces d’occupation, à rouvrir l’aéroport international de Goma sans plus attendre afin de faciliter la réponse humanitaire et l’acheminement de l’aide. Le monde ne peut détourner le regard sous prétexte que cette crise se déroule dans une zone de conflit que beaucoup ont déjà oubliée », a-t-il poursuivi.
Au-delà de la réponse immédiate, le Dr Mukwege voit dans cette tragédie un signal d’alarme mondial. Selon lui, l’épidémie actuelle démontre que la destruction des systèmes de santé par la guerre et le manque de financements rendent la propagation des maladies « inévitable ». À ses yeux, la situation en Ituri constitue un véritable test grandeur nature des engagements internationaux en matière de gestion des crises sanitaires.
« Cette épidémie nous rappelle de manière saisissante que, lorsque les systèmes de santé sont détruits par la guerre et privés de financements, la propagation des maladies devient inévitable. Tous les arguments en faveur de la finalisation de l’accord sur les pandémies, de l’investissement dans la surveillance épidémiologique, de l’accélération de la recherche sur les vaccins et traitements d’urgence, ainsi que de la protection des travailleurs de la santé en zones de conflit, sont mis à l’épreuve en ce moment même, en temps réel, au sein des communautés que je connais et que je sers », a-t-il conclu.
L’épidémie d’Ebola Bundibugyo, la dix-septième enregistrée en RDC depuis 1976, a été déclarée le 15 mai. Le séquençage complet du génome viral a confirmé qu’il s’agit d’une variante génétiquement distincte des précédentes épidémies Bundibugyo de 2007 et 2012, issue directement d’un réservoir animal, selon le directeur de l’INRB, Jean-Jacques Muyembe.
L’Organisation mondiale de la santé a déclaré, le 17 mai, une urgence de santé publique de portée internationale. Selon Oxfam, le bilan global dépasse 400 cas suspects et 89 décès.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a fait état lundi de 118 morts suspects, contre 80 vendredi, sur la base des informations transmises par le ministre de la Santé, Roger Kamba, actuellement en déplacement sur le terrain en Ituri.
Silas MUNGINDA
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