Ce 11 juillet marque la quatrième année depuis le décès du cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, une figure emblématique de l’histoire religieuse, politique et morale de la République démocratique du Congo. Mort en 2021 à Paris à l’âge de 81 ans, l’ancien archevêque de Kinshasa continue d’inspirer par sa droiture, son engagement citoyen et sa parole libre.
Champion des droits humains et acteur central de la transition démocratique du pays, Monsengwo laisse un vide immense que ni le temps ni les hommages successifs ne parviennent à combler.
« Que les médiocres dégagent ! »
C’est sans doute l’une des phrases les plus marquantes de la carrière du cardinal. Prononcée au lendemain de la répression meurtrière de la marche du 31 décembre 2017, cette interpellation directe au pouvoir en place est restée dans la mémoire collective des Congolais. Elle résume le courage d’un homme d’Église qui n’a jamais hésité à se dresser face à l’injustice, même au prix de son confort personnel.
Dès les années 1990, alors que le régime de Mobutu Sese Seko commence à vaciller, Monsengwo s’impose comme un acteur de premier plan du changement politique. En initiant un mémorandum pour exiger plus de libertés, il brave la dictature et prépare les premiers jalons d’un processus démocratique encore balbutiant.
Un engagement clair face au pouvoir politique
Laurent Monsengwo Pasinya n’a jamais voulu faire de la politique partisane, mais il s’est toujours opposé à une politique sans morale. Sa posture ferme mais mesurée l’a placé à plusieurs reprises en porte-à-faux avec les régimes successifs, de Mobutu à Joseph Kabila.
Pendant la transition démocratique des années 1990, il préside la Conférence nationale souveraine, incarne une autorité morale au sein du Haut Conseil de la République, et joue un rôle crucial dans la recherche d’un nouvel ordre politique. Une implication qu’il résume ainsi : « Un homme d’Église ne peut se taire quand son peuple souffre. »
Face à Joseph Kabila, il dénonce les dérives autoritaires, les fraudes électorales, la répression des manifestations pacifiques. À plusieurs reprises, il demande des comptes à la classe politique, qu’il accuse de « trahison » envers le peuple congolais. Mais il le fait toujours avec le souci de ne pas franchir la ligne rouge entre le spirituel et le temporel : « Nous ne faisons pas de politique politicienne, mais nous avons le devoir de parler quand l’homme est humilié », affirmait-il.
Une figure morale respectée au-delà des frontières
Nommé cardinal en 2010 par Benoît XVI, Laurent Monsengwo Pasinya représentait l’Afrique au sein du cercle restreint des neuf cardinaux appelés par le pape François à réformer la Curie romaine. Détenteur d’un doctorat en sciences bibliques, il est également le premier Africain à atteindre un tel niveau académique dans ce domaine.
Polyglotte maîtrisant 14 langues, il ne dépendait d’aucun interprète dans les échanges diplomatiques ou ecclésiaux. Une aisance qui lui a permis de porter la voix des Congolais et des Africains sur les plus hautes tribunes du monde catholique.
Un homme au service des plus faibles
Au-delà des prises de position politiques, le cardinal Monsengwo était avant tout un pasteur proche du peuple. À Kinshasa, lors de ses obsèques en 2021, plusieurs témoins avaient raconté comment il finançait anonymement les études de jeunes en difficulté ou venait en aide à des familles vulnérables sans médiatisation.
« Il ne le faisait pas pour l’Église, il le faisait pour Dieu », a confié l’une de ses proches. Un témoignage parmi tant d’autres d’un homme dont la charité discrète continue de porter du fruit.
Héritier d’une tradition de résistance ecclésiale
Laurent Monsengwo est l’héritier spirituel d’un autre géant de l’Église congolaise, le cardinal Joseph-Albert Malula. Tous deux ont incarné une Église debout, consciente de sa responsabilité dans la cité. Pour Donatien Nshole, actuel secrétaire général de la CENCO et l’un de ses disciples : « C’est sa personnalité, en plus de son héritage, qui a fait de lui une figure incontournable. »
Originaire du Mai-Ndombe et issu d’une famille de chefs coutumiers sakata, il est ordonné prêtre en 1963, puis évêque en 1980. Son parcours ecclésiastique se mêle rapidement aux soubresauts politiques du pays, notamment à travers son rôle de président de la Conférence nationale souveraine dans les années 1990.
Un pont entre l’Église et la République
Toute sa vie, Monsengwo aura tenté de « tendre la corde sans qu’elle ne casse », selon sa propre formule. Une métaphore qui illustre son positionnement unique : critique mais constructif, moraliste mais engagé, homme d’Église sans jamais fuir les responsabilités citoyennes.
À l’heure où la RDC fait face à de nouveaux défis politiques et sécuritaires, nombreux sont ceux qui regrettent l’absence d’une figure de sa trempe dans le débat public. Ses disciples, eux, s’attachent à poursuivre l’œuvre d’un homme dont la voix portait au nom de la vérité, de la justice et du bien commun.
Rédaction
En savoir plus sur BETO.CD
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
