La Dynamique Communautaire pour la Cohésion sociale et le Développement (DYCO-RDC), membre du Comité de crise pour la paix et la sécurité en RDC (CCPS), a organisé, ce mardi 17 mars, sous l’initiative directe de ce comité, le tout premier Forum national des coopératives minières. Coordonnée par Patient Bashombe Matabishi, cette rencontre marque une étape importante dans la volonté de structurer et transformer durablement le secteur minier artisanal en République démocratique du Congo.
Placée sous le thème : « Comment résoudre efficacement les défis qui affectent les coopératives minières en République Démocratique du Congo », cette rencontre s’inscrit dans la continuité du Dialogue national sur la gouvernance minière tenu du 15 au 17 avril 2025 à Kinshasa, au cours duquel la mise en place d’un cadre permanent de concertation avait été recommandée. Ce forum, désormais institutionnalisé, se tiendra chaque année au mois de février dans la capitale congolaise.
Les travaux de cette première édition se déroulent du 17 au 19 février 2026 au CEPAS de Kinshasa et réunissent entre 120 et 200 participants venus de différentes provinces du pays, à leurs propres frais. Ils rassemblent des responsables de coopératives minières, des représentants des institutions gouvernementales, des services techniques du ministère des Mines, des partenaires techniques et financiers, des ambassades ainsi que des acteurs de la société civile.
Organisé sous le patronage du ministre des Mines Louis Watum Kabamba, ce forum se veut un espace d’échanges, de plaidoyer, de lobbying et de développement de partenariats d’affaires.
Dans un contexte où l’exploitation artisanale fait vivre des millions de Congolais mais reste confrontée à de nombreux défis, notamment la faiblesse de la gouvernance interne, le manque d’accès au financement, les difficultés de traçabilité, l’insécurité sur les sites miniers et la marginalisation des creuseurs, cette initiative apparaît comme une réponse structurante. Elle intervient également dans un climat international marqué par des critiques récurrentes et des menaces de bannissement des produits issus de l’exploitation artisanale sur certains marchés mondiaux.

Des objectifs précis pour une réforme en profondeur
Ce forum poursuit comme objectif principal la formalisation du secteur minier artisanal en République démocratique du Congo. Il ambitionne notamment de poser un diagnostic clair des défis auxquels font face les coopératives minières et de proposer des solutions concrètes, d’identifier les réformes légales, réglementaires et fiscales nécessaires à leur développement, de mettre en place un cadre permanent de dialogue entre les coopératives et les autorités étatiques, de promouvoir l’intégration des femmes et des jeunes dans la chaîne de valeur minière, ainsi que de structurer les coopératives en une confédération nationale capable de défendre leurs intérêts et de faciliter leur accès au financement.
À l’issue de ces assises, un rapport général sera élaboré pour capitaliser les échanges et immortaliser l’événement, accompagné de rapports thématiques spécifiques. Les signataires de la déclaration finale deviendront de droit les membres fondateurs de la future organisation, parmi lesquels 20 administrateurs seront désignés pour constituer le conseil d’administration. En attendant la mise en place effective de cette structure, la DYCO-RDC assurera la facilitation et l’encadrement du forum.
Le financement repose essentiellement sur les contributions des coopératives minières elles-mêmes, qui versent 100 dollars américains par mois pour le fonctionnement et 200 dollars pour couvrir leur participation à la réunion annuelle. Les meilleurs contributeurs pourront jouer un rôle plus important dans les initiatives du forum.

Redonner une voix aux millions d’artisanaux
Prenant la parole, Me Patient Bashombe Matabishi a insisté sur la nécessité de redonner une place centrale aux acteurs du secteur artisanal, soulignant que ce dernier regorge de millions de Congolais qui contribuent à la survie des communautés. Il a relevé l’absence jusque-là d’un cadre structuré permettant au ministre des Mines d’interagir directement avec ces acteurs, contrairement au secteur industriel, estimant que ce forum vient combler ce vide. Il a également plaidé pour un accompagnement accru des coopératives afin de faciliter leur formalisation, leur accès aux financements et leur modernisation vers une exploitation semi-industrielle.
Évoquant les conditions de travail dans certaines zones minières, il a dénoncé les drames humains liés à des exploitations non encadrées, citant notamment les événements survenus à Rubaya, tout en condamnant les violences attribuées aux groupes rebelles et l’agression rwandaise. Pour lui, l’amélioration des conditions de sécurité des creuseurs artisanaux doit figurer parmi les priorités issues de ce forum.
Dans son mot de bienvenue, Patient Bashombe Matabishi a également rappelé que, malgré son immense richesse minière, la RDC continue de faire face à des défis majeurs tels que la pauvreté dans les zones minières, les conflits locaux et la marginalisation des communautés.
Il a souligné que les coopératives minières, lorsqu’elles sont bien structurées et transparentes, peuvent devenir des instruments efficaces d’organisation du travail, de protection des creuseurs, de création de valeur locale et de stabilisation des communautés.
«Nous sommes convaincus que les coopératives minières constituent un maillon essentiel dans le processus de formalisation de l’exploitation minière artisanale. Lorsqu’elles sont bien structurées, transparentes et correctement accompagnées, elles peuvent devenir de véritables instruments d’organisation du travail, de protection des creuseurs artisanaux, de création de valeur locale et de stabilisation des communautés», a déclaré Me Patient Bashombe.
De son côté, le ministre des Mines Louis Watum Kabamba a réaffirmé l’engagement du gouvernement à faire de l’exploitation artisanale un véritable levier de développement. Il a insisté sur la nécessité de formaliser le secteur, de lutter contre la fraude, de professionnaliser les coopératives et de promouvoir la transformation locale des minerais. Appelant à une mobilisation collective, il a plaidé pour la construction d’un secteur minier artisanal structuré, transparent et véritablement au service des Congolais.
Le Comité de crise pour la paix et la sécurité en RDC qui est la société civile en collaboration avec les pouvoirs publics, entend ainsi jeter les bases d’une gouvernance minière plus inclusive, capable de répondre aux défis du secteur artisanal et de transformer cette richesse en véritable moteur de développement économique et social pour le pays.
Christian Okende
En savoir plus sur BETO.CD
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
