Plus qu’un simple mois calendaire, juin concentre l’essence même de l’histoire congolaise, faite d’émancipation, de tragédies, de mutations institutionnelles et de recherches constantes de paix et de stabilité. Revenir sur les événements majeurs de ce mois, de 1960 à ce jour, c’est revisiter l’identité d’un pays forgé dans les épreuves et les réinventions successives.
1960 : La marche vers l’indépendance
Tout commence le 16 juin 1960, lorsque le Parlement belge adopte la loi consacrant l’indépendance du Congo belge, programmée pour le 30 juin. La dynamique s’accélère : le 17 juin, Patrice Lumumba est officiellement nommé Premier ministre, consacrant la montée en puissance de la classe politique congolaise avant l’indépendance.
Le 22 juin, Lumumba et Kasa-Vubu arrivent à Bruxelles pour préparer la cérémonie historique, avant de rentrer triomphalement le 24 juin à Léopoldville, porteurs de l’acte officiel d’indépendance. Ces préparatifs culminent le 30 juin 1960, jour de la proclamation de l’indépendance. Le discours de Lumumba, dénonçant l’humiliation coloniale et revendiquant la dignité du peuple congolais devant le roi Baudouin, reste à ce jour un manifeste africain contre l’oppression. Il inscrit définitivement le Congo dans l’histoire des nations souveraines.
1964–1967 : Constitution, répression et mutation économique
Le 25 juin 1964 marque le lancement du référendum sur la Constitution de Luluabourg, qui sera promulguée le 1er août de la même année. Cette Constitution de la Première République instaure un régime présidentiel fort, traduisant la volonté de stabilité après la période chaotique post-indépendance.
Puis vint le 1er juin 1966, marqué par la brutalité du pouvoir de Mobutu : l’exécution publique de quatre anciens ministres — Évariste Kimba, Jérôme Anany, Emmanuel Bamba et Alexandre Mahamba — accusés de complot. Une démonstration d’autorité implacable qui renforcera la mainmise de Mobutu sur le pays.
Le 30 juin 1966, Mobutu poursuit sa politique d’« authenticité » en créant la Banque du Zaïre, prélude à une série de zaïrianisations visant à rompre avec les symboles coloniaux. Le zaïre est officiellement introduit le 24 juin 1967. Il remplace le franc congolais jusque-là utilisé et est initialement aligné sur le dollar américain : 1 zaïre valait alors 2 USD.
1997 : La renaissance sous Kabila
En juin 1997, après la chute de Mobutu, Laurent-Désiré Kabila prend les rênes du pays. Le 12 juin, il forme son premier gouvernement et amorce la restauration de l’autorité de l’État. Le 30 juin 1997, Kabila annonce le changement de nom du pays, qui redevient République démocratique du Congo, renonçant ainsi à l’appellation de Zaïre imposée par Mobutu.
Juin 2022 : Le M23 s’empare de Bunagana
Le 13 juin 2022, la République démocratique du Congo perd le contrôle de la cité frontalière de Bunagana, en territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu. Le M23, qui a resurgi en 2021 après sa défaite de 2013, occupe cette cité stratégique quelques mois après sa réapparition. Depuis, plusieurs territoires et localités sont passés sous l’influence de ces rebelles soutenus par le régime de Kigali, jusqu’aux villes de Goma et Bukavu en début d’année 2025, traînant dans leur sillage violences, déplacements massifs et crise humanitaire.
2025 : Un nouvel espoir de paix
Enfin, le 27 juin 2025, la RDC et le Rwanda signent à Washington un accord de paix historique sous la médiation américaine, visant à mettre fin aux décennies de violences et d’instabilité dans l’Est du Congo. Un tournant qui, s’il est mis en œuvre sincèrement, pourrait enfin ouvrir un nouveau chapitre de prospérité pour des millions de Congolais meurtris par les conflits récurrents.
Quel juin marchera le Congo demain ?
Les pages de juin, écrites tour à tour par l’indépendance, la répression, les mutations économiques, les drames humanitaires et les accords de paix, rappellent que l’histoire congolaise est faite de cycles : ceux de la domination et de l’émancipation, de la violence et de la réconciliation.
La signature de l’accord de paix avec le Rwanda, ce 27 juin 2025, laisse entrevoir un horizon nouveau. Mais au-delà des engagements diplomatiques, c’est dans la mise en œuvre effective, l’inclusion de toutes les voix et la restauration de la confiance des populations que se jouera la réussite de cet énième processus.
Alors que le Congo s’avance vers un nouveau juillet, une question demeure : le mois de juin restera-t-il un simple souvenir de ruptures et de proclamations, ou deviendra-t-il enfin le mois où le pays aura choisi d’écrire une histoire continue de paix, de prospérité et de dignité pour tous ses fils et filles ? Les jours à venir seront déterminants pour l’avenir de la RDC.
Odon Bakumba
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