Derrière les sourires diplomatiques, les lignes de fracture apparaissent à peine l’encre de l’accord du 27 juin sèche. Si Kinshasa et Kigali ont tous deux salué l’engagement vers la paix, leur interprétation des termes de l’accord diverge déjà. Au centre du désaccord : la séquence entre le retrait des troupes rwandaises présentes en RDC et la neutralisation des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR).
Le 27 juin, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, au cours d’une interview sur la RTNC, a été catégorique : l’accord signé à Washington est sans ambiguïté. « Le premier volet, c’est le désengagement des forces, à savoir les forces armées rwandaises qui sont sur le territoire congolais. Et le deuxième volet, la neutralisation des FDLR. Ces deux volets sont distincts mais concomitants. Aucun ne saurait être conditionné à l’autre », a-t-elle affirmé, en référence au CONOPS, le document opérationnel annexé à l’accord.
Mais le 2 juillet, lors d’une conférence de presse tenue à Kigali, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a réintroduit l’équivoque. Pour lui, le retrait des troupes rwandaises reste conditionné à l’éradication préalable des FDLR. Une formule qui, à Kinshasa comme dans les chancelleries partenaires, résonne comme une volonté de temporisation.
C’est dans ce contexte que, ce 3 juillet, Massad Boulos, conseiller spécial de Donald Trump pour l’Afrique, a clarifié la position américaine. Interrogé sur France 24, il a reconnu qu’il s’agissait là du « principal point de discorde ». Et il a confirmé la lecture congolaise : « Ces deux éléments vont de pair. Ils doivent être mis en œuvre simultanément. » Selon lui, les deux parties ont convenu de créer un mécanisme de sécurité conjoint, plateforme commune pour superviser le retrait rwandais et les opérations contre les FDLR.
Le CONOPS — Concept of Operations — fixe en effet les modalités d’exécution de l’accord : retrait et neutralisation, simultanés, dans un cadre coordonné, sous supervision internationale (États-Unis, Qatar, Union africaine, France).« Nous sommes ici pour faciliter le processus », a rappelé Boulos. « Tous les partenaires veilleront à garantir une mise en œuvre équilibrée. »
Dans une région marquée par la méfiance et les précédents de mauvaise foi, cette précision prend une portée stratégique. Elle empêche toute lecture unilatérale. Et elle trace une ligne rouge diplomatique : aucune partie ne peut subordonner l’exécution de ses engagements à une condition politique réinterprétée. Kinshasa l’a dit, Washington l’a confirmé. C’est désormais à Kigali de se conformer à l’esprit comme à la lettre de l’accord.
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