Il est des retours qui suscitent des applaudissements, d’autres des interrogations, et certains, hélas, des regrets amers. Joseph Kabila, figure centrale et controversée de notre histoire récente, semble aujourd’hui s’engager sur un sentier qui mène plus à l’énigme qu’à la rédemption. Mais n’est-ce pas là tout le drame de la politique congolaise ? Une pièce où les acteurs refusent obstinément de changer de rôle, et où les coulisses suintent d’alliances éphémères et de trahisons calculées.
J’étais de ceux qui, contre vents et marées, avaient osé appeler à une lecture nuancée de Joseph Kabila. Non pas par aveuglement, mais par logique. La diabolisation outrancière dont il fut l’objet, ce portrait hâtivement brossé du « mal incarné », masquait une réalité plus complexe. En appelant cette nation à lui demander pardon, je n’avais nulle intention de réécrire les annales de son mandat, mais d’inviter au discernement. Tout pouvoir est faillible, certes, mais Joseph Kabila n’était pas le seul ou l’ultime maillon faible de notre longue chaîne de maux.
Pourtant, ma lecture n’était pas une adulation, mais une condition. Une condition impérative : celle d’une remise en cause totale, de soi et de son entourage. Une introspection profonde, un renouvellement sincère, et surtout, une rupture franche avec les pratiques et les acteurs qui avaient contribué à son discrédit. Hélas, il semblerait que cet éveil tant espéré n’ait été qu’un mirage.
Le Joseph Kabila d’aujourd’hui, six ans après avoir quitté les arènes du pouvoir, reste entouré des mêmes figures, campé sur les mêmes positions, emprisonné dans les mêmes schémas. Et voilà qu’il tend une main à Moïse Katumbi, cet ancien allié devenu adversaire, qui fut au cœur de sa chute et de l’éclatement de cette alliance historique avec Tshisekedi. Katumbi, ce stratège insaisissable, qui a tour à tour été bourreau, rival, et aujourd’hui, peut-être, partenaire. Quel étrange ballet !
À l’aube de la toute première alternance à la tête de notre pays, Joseph Kabila avait osé briser la malédiction en créant une alliance certes inattendue, mais ô combien vitale pour la stabilité de ce pays, avec Félix Tshisekedi. Les deux, lorsqu’ils s’affichaient tout sourire, redonnaient espoir à ce pays, pansant nos plaies et montrant le chemin de la réconciliation. Rien n’était donc impossible aux Congolais. Tout à coup, un bon matin, un homme, depuis les salons huppés européens, a commencé à combattre cette alliance. Ce pacte républicain n’arrangeait guère ses intérêts. Le voilà poussant Tshisekedi à « fouiner dans le passé » : « Il ne peut y avoir deux conducteurs », prophétisait-il à Lubumbashi, jusqu’à obtenir, non sans l’aide d’un ambassadeur américain omniprésent à Kinshasa, Mike Hammer de triste mémoire, la fin de ce pacte. Le renversement illégal de la majorité FCC-CACH n’aura lieu au Parlement que grâce à l’aide active de Katumbi, qui finira par prendre le fauteuil de Kabila, mais toujours dans les calculs d’arriver à la tête du pays. Et lorsqu’il se rendra compte que Tshisekedi ne se laissera pas faire, le voilà, Katumbi, surgissant à Lubumbashi, s’agrippant à la main de Kabila, dans une longue quête de changement d’alliance.
Aujourd’hui donc, Kabila et Katumbi nous présentent la nouvelle union du moment. Dans cette danse politique où les positions semblent n’être que des vêtements interchangeables, les convictions, elles, se perdent. Comment ne pas voir l’ironie tragique de ces alliances de circonstance, où celui qui était hier pourchassé devient aujourd’hui un allié opportuniste ? Comment ne pas s’indigner devant cette absence totale de cohérence ? Joseph Kabila, en s’engageant sur cette voie, renonce à l’opportunité d’être autre chose qu’un simple maillon de la continuité qu’il dénonçait jadis. Il était une figure qui pouvait réparer, il devient celle qui perpétue.
Le problème, bien sûr, n’est pas seulement Joseph Kabila. Il est systémique, enraciné dans une culture politique où les individus priment sur les idées, et où les alliances se nouent sans autre ambition que la survie à court terme. De Mobutu à Tshisekedi, en passant par Kabila, les échecs s’accumulent et les espoirs se diluent. Rien ne change, tout se recycle.
Alors, que reste-t-il à espérer ? Peut-être, au fond, que le peuple congolais, ce témoin fatigué mais résilient, exige enfin une autre dynamique. Une politique où les égaux cesseraient d’être des figures incontournables et où l’avenir ne serait plus otage du passé. Joseph Kabila pouvait être ce vecteur de renouveau. Mais à ce jour, il semble préférer rejouer une partition usée.
Et le Congo, lui, attend toujours une symphonie nouvelle. Une mélodie qui rompt avec les dissonances du passé, qui redonne une voix à la justice et un sens à l’espoir. Un pays fatigué, certes, mais qui n’a pas renoncé à rêver.
Litsani Choukran,
Le Fondé.
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Un commentaire
L’analyse est simplement impecable