Elisabeth Caesens occupe une place centrale, voire stratégique, dans la croisade anti-corruption en RDC. Juriste de formation, elle a fondé et dirige l’ONG Resource Matters, basée à Bruxelles. Son parcours révèle une stratégie assumée alliant expertise technique et réseautage international : avant de lancer Resource Matters, Caesens a été boursière de l’Open Society Foundations (OSF) – la fondation du milliardaire George Soros – menant des recherches sur les contrats hydroélectriques congolais.
Elle a également dirigé le programme de gouvernance minière du Centre Carter à Lubumbashi de 2010 à 2014. Ce double ancrage, entre fondations occidentales et terrain congolais, lui a permis de tisser un réseau d’influence tentaculaire. Son approche s’appuie sur des enquêtes fouillées et parfois controversées : elle a par exemple contribué aux révélations du scandale « Congo Hold-up » (détournements massifs de fonds sous le régime Kabila) et favorisé la création de coalitions locales pour amplifier la pression publique.

Officiellement, son organisation Resource Matters se spécialise dans l’analyse des transactions minières, des flux financiers et des scandales de corruption en RDC. Sous l’impulsion de Caesens, Resource Matters s’est imposée comme un pivot de la coalition « Le Congo n’est pas à vendre » (CNPAV) – fournissant données, analyses juridiques et relais médiatique international à cette plateforme se voulant fer de lance anti-corruption.
Mais officieusement, « Beaucoup la voient comme le bras armé des bailleurs occidentaux dans la lutte anti-corruption congolaise, » confie sous anonymat un militant de la société civile, ancien membre du mouvement. « Son influence était considérable, mais elle sert surtout d’interface entre les fonds internationaux et nos ONG locales. Son influence semble avoir baissé depuis quelques années » En clair, Elisabeth Caesens apparaît comme l’architecte en coulisses d’une campagne anticorruption soutenue depuis l’étranger. Sa position, au carrefour des financements occidentaux et de l’activisme congolais, suscite d’emblée des interrogations sur l’agenda réel de cette croisade présentée comme citoyenne et désintéressée.
Des financements internationaux omniprésents

Il n’est donc pas surprenant que la croisade anticorruption de Caesens bénéficie de généreux appuis occidentaux. Profitant de ses connections, Elisabeth Caesens a su mobiliser d’importants financements internationaux pour soutenir ses initiatives en RDC. D’une part, son lien historique avec l’OSF de George Soros lui a facilité l’accès à des fonds pro-transparence. D’autre part, Resource Matters décroche des subventions de bailleurs publics étrangers : par exemple, l’Agence suédoise de développement (Sida) lui a octroyé 8,7 millions de couronnes suédoises (environ 800 000 €) sur 2022-2025 pour un projet de « transparence dans la filière du cobalt ». Ce soutien n’a rien d’innocent et s’inscrit dans la stratégie des pays occidentaux visant à améliorer la gouvernance des minerais stratégiques congolais (comme le cobalt, vital pour les batteries électriques).
En coulisses, les États-Unis n’étaient pas en reste, surtout quand c’est les démocrates qui sont au pouvoir : l’USAID et le National Endowment for Democracy (NED) financent indirectement certaines activités de la coalition via des ONG partenaires. On retrouve par exemple la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF), autre pilier du réseau, qui affiche parmi ses donateurs la NED ainsi que plusieurs antennes de l’OSF (Open Society Foundation for South Africa, OSIWA) et même l’Agence Suédoise de Développement.
Autrement dit, les bailleurs de la coalition CNPAV sont en très grande majorité des fondations et agences gouvernementales occidentales (OSF, NED, coopérations européennes), assorties de quelques fondations privées. Ces flux alimentent un important budget de fonctionnement pour les organisations concernées. Les financements accordés sont généralement pluriannuels, fléchés vers des programmes de « gouvernance démocratique » ou de « lutte contre la corruption ». Ils couvrent non seulement les activités de recherche et de plaidoyer des ONG, mais aussi la logistique des campagnes sur le terrain et la protection juridique des militants lorsqu’ils s’exposent. « Sans les dollars et les euros venus de Washington, Londres, Bruxelles ou Stockholm, le CNPAV n’aurait jamais vu le jour, » assène un ancien membre de la coalition, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles. « Avec un financement 100 % étranger, on peut légitimement se demander à qui ce mouvement rend vraiment des comptes, et surtout à qui profite-t-il réellement ?. »
Resource Matters, CNPAV, PPLAAF : une croisade sponsorisée depuis l’étranger

Officiellement, Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) n’est pas une entité légale unique – c’est un collectif informel, ce qui lui évite d’avoir à publier des comptes consolidés. Ce n’est pas une entité légalement établie en RDC, très nébuleux et peu clair comme montage sur leur existence. Mais dans les faits, chacun de ses membres est financé pour faire tourner la machine. Le nerf de la guerre, c’est l’argent, et celui-ci coule à flots via une nébuleuse d’ONG interconnectées et tous bizarrement relie à George Soros :
• Resource Matters (l’ONG belge de Caesens) puise ses ressources auprès de multiples bailleurs internationaux. Outre la subvention suédoise précitée, l’ONG de Caesens aurait bénéficié d’appuis d’institutions européennes – certaines informations évoquent des financements de l’Union européenne liés à des projets de transparence minière – et possiblement de contrats avec l’USAID sur des volets énergie. Son ancrage à Bruxelles lui facilite aussi les partenariats avec des fondations belges et européennes actives en RDC (par exemple, la Fondation Roi Baudouin aurait soutenu certains projets sectoriels).
• La coalition CNPAV elle-même, n’ayant pas d’existence administrative formelle, voit ses activités portées financièrement par ses organisations membres. Celles-ci obtiennent des subventions dédiées spécifiquement aux campagnes du collectif. On retrouve notamment :
o PPLAAF (basée à Paris), chargée de protéger les lanceurs d’alerte, financée par la NED, l’OSF et des fondations américaines. Ces fonds ont servi, entre autres, à appuyer les révélations Congo Hold-up en 2021 et à sécuriser les dénonciateurs dans l’affaire des comptes d’Afriland First Bank, tout de même sans réelles preuves.
o Global Witness et RAID (Rights and Accountability in Development), ONG internationales membres du CNPAV, reçoivent également des financements de gouvernements occidentaux (Royaume-Uni, Union européenne) pour documenter les abus dans le secteur minier congolais. Ici il est important de préciser qu’Alexandre Soros, le fils de Georges Soros, est membre du board de cette ONG!
o Le Centre Carter a historiquement été soutenu par de riches philanthropes américains (par exemple la Fondation Howard G. Buffett) pour ses travaux en RDC – y compris ceux menés par Elisabeth Caesens à l’époque où elle y travaillait.
o OSI (Open Society Initiative, branche africaine de l’OSF) finance plusieurs partenaires du réseau CNPAV, notamment pour la protection des journalistes d’investigation et le plaidoyer anti-corruption sur le continent.
D’après les données disponibles, on estime que sur la période 2019-2023, plus de 5 millions de dollars de subventions internationales ont transité via les différentes ONG de la coalition pour leurs programmes en RDC. Par exemple, la PPLAAF opère avec un budget annuel avoisinant 1 million $ dédié à l’Afrique francophone ; Resource Matters gère chaque année quelques centaines de milliers d’euros pour ses activités ; et des ONG congolaises plus modestes comme l’ODEP ( qui par ailleurs a déjà claqué la porte au CNPAV pour les raisons que nous expliquerons dans l’épisode 2 de ce dossier ) ou le RECIC reçoivent des appuis ponctuels (souvent via des projets financés par l’OSF ou l’UE) de l’ordre de 50 000 à 200 000 $ pour leurs actions spécifiques.
Or la transparence financière de ces flux reste toute relative. Si certains bailleurs internationaux publient les montants alloués – par exemple la plateforme OpenAid de la coopération suédoise détaille la subvention octroyée à Resource Matters – le public congolais, lui, n’est pas toujours informé en détail des sommes en jeu. Ironie de la situation : la coalition qui exige des autres la transparence sur les contrats et les paiements ne communique que très partiellement sur l’origine et l’ampleur de ses propres financements auprès de l’opinion nationale. « Le CNPAV prêche la transparence pour tout le monde… sauf pour lui-même, » observe, amer, un journaliste d’investigation congolais sous anonymat. « Demandez donc aux Congolais combien de millions brasse cette coalition : la plupart n’en ont aucune idée, tout est géré depuis l’étranger dans une certaine opacité. »
Sur leur site internet, rien de transparent ! Aucune information claire sur les origines des fonds ni comment ces fonds sont dépensés, c’est le blackout total. « L’opacité pour ceux qui accusent les autres, dont l’état congolais, et Gertler de faire les choses de manière très opaque, alors que c’est pourtant simple de prêcher par le bon exemple. Si des gens censés être sérieux et bien organisés, ne le font pas, cela veut simplement dire qu’il y a anguille sous roche, des choses ne doivent pas être connues! Curieusement même leurs rapports ne sont pas clairement signés par des personnes bien identifiées. », détaille un dissident qui s’est confié à BETO sous l’anonymat.
A lire prochainement: ACTE II: Un réseau soumis à Elisabeth Caesens comme acteurs de la lutte citoyenne contre la corruption en RDC
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