Entre juillet 2025 et avril 2026, plus de 400 civils ont été tués dans une trentaine d’attaques attribuées aux rebelles des ADF. Pour l’analyste politique Dr Babah Mutuzula Lusungu, la dispersion des forces armées congolaises explique en grande partie la recrudescence des violences.
Les violences continuent de s’enraciner dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les attaques attribuées aux ADF se multiplient, visant parfois des villages entiers, tandis que des milliers de civils vivent dans une angoisse permanente.
Selon des données de suivi sécuritaire, au moins 30 attaques ont été recensées entre juillet 2025 et avril 2026, faisant plus de 400 morts parmi les civils. À chaque incursion, le mode opératoire reste le même : les assaillants surgissent, frappent, puis disparaissent dans la nature.
Une armée engagée sur deux fronts

Pour le Dr Babah Mutuzula Lusungu, la situation s’explique par une surcharge opérationnelle des Forces armées de la RDC (FARDC). « L’armée congolaise combat sur deux fronts en même temps », a-t-il souligné.
Le premier front est asymétrique et oppose les FARDC aux ADF, affiliés à l’État islamique. Le second les engage contre les rebelles de l’AFC-M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
« Aujourd’hui, les ADF contribuent à disperser nos forces. Ils servent de béquille au M23. Lorsqu’ils attaquent en Ituri ou au Nord-Kivu, les FARDC sont contraintes de se redéployer, ce qui affaiblit leur dispositif global », a-t-il expliqué à BETO.CD.
Malgré les opérations en cours, les attaques persistent. Pour plusieurs observateurs, cette situation met en lumière les limites des stratégies sécuritaires actuelles.
Le Dr Babah Mutuzula avance également une lecture géostratégique du conflit. Selon lui, l’État islamique chercherait à implanter un « califat » en Afrique de l’Est, englobant notamment des zones de la Somalie, de l’Érythrée, du Soudan du Sud et de la RDC.
« Pour concrétiser ce projet, ces groupes ont besoin de ressources humaines, de financements issus notamment de l’or et d’autres minerais, ainsi que de vivres pour leurs combattants. Et une grande partie de ces ressources est disponible en RDC », a-t-il affirmé.
Appel à plus de sincérité des partenaires

À court terme, cet analyste politique appelle à davantage de « sincérité » de la part des partenaires internationaux engagés aux côtés de la RDC. Il dénonce également « la duplicité de certains pays voisins » dans la lutte contre les ADF.
Sur le terrain, les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri demeurent les principaux épicentres de l’insécurité. Dans ces zones rurales enclavées, les populations continuent de fuir les violences.
« C’en est trop », s’indigne Shabani Loswire, activiste du mouvement citoyen Lucha. « Récemment, en plein centre stratégique de Mambasa, des maisons ont été incendiées et plusieurs personnes sont portées disparues ».
Face à cette recrudescence des attaques, une question revient avec insistance chez les habitants : celle de l’efficacité des réponses sécuritaires. Pour eux, l’urgence reste la même : le retour durable de la paix.
Isaac Bin-Ngeve
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