Invité sur TV5 Monde ce mercredi 28 janvier 2026, Zobel Behalal, expert senior à l’Initiative mondiale contre les crimes organisés et ancien membre du panel d’experts de l’ONU sur la RDC, a livré une analyse sans équivoque : la mainmise de l’AFC-M23 sur les ressources naturelles constitue aujourd’hui le moteur essentiel de sa capacité militaire et financière.
Selon lui, au-delà des recettes issues de la taxation imposée aux populations locales, le contrôle effectif des sites miniers a considérablement élargi l’assiette fiscale de la rébellion.
« La conquête de zones stratégiques a été à la fois une victoire militaire et économique. Une fois installée, l’AFC-M23 a mis en place un système de taxation illicite qui s’applique à l’ensemble de l’activité économique et sociale », explique-t-il.
L’expert souligne toutefois la difficulté d’évaluer avec précision les montants générés depuis l’occupation de Goma et de plusieurs localités du Sud-Kivu. Les rapports du groupe d’experts des Nations unies estiment à au moins 800 000 dollars américains par mois les revenus tirés de la seule mine de Rubaya. Une manne financière issue principalement de l’exploitation de minerais stratégiques tels que l’or et le coltan, qui sont ensuite exportés vers le Rwanda.
« Entre janvier et juin 2025, les exportations rwandaises de coltan ont augmenté de plus de 200 % par rapport à la même période de l’année précédente », précise Zobel Behalal, pointant ainsi le rôle central de Kigali dans cette chaîne d’approvisionnement.
L’expert décrit un réseau criminel structuré et bien rodé. « À Rubaya, la production est artisanale, mais les puits sont strictement contrôlés par le M23. Les négociants qui achètent cette production s’acquittent d’une taxe auprès du mouvement, souvent depuis le Rwanda, selon des informations confirmées sur le terrain », affirme-t-il.
Toujours selon Zobel Behalal, cette situation profite largement au Rwanda, qui tire d’importants revenus de son contrôle indirect sur ces territoires. « La particularité de ces exploitations réside dans leur caractère illégal et illicite, soutenu par des réseaux qui ont tout intérêt à maintenir l’opacité de la chaîne d’approvisionnement. Il est extrêmement difficile d’en retracer l’intégralité. D’autres pays, de manière active ou passive, tirent également profit de ce système », conclut-il.
Azarias Mokonzi
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