Dans le cadre d’une question orale avec débat initiée par le député Théoveul Lotika, le Ministre de l’Industrie, Julien Paluku, a été entendu ce mercredi à l’Assemblée Nationale concernant la situation critique de la Société Textile de Kisangani (SOTEXKI). Lors de son intervention, le député Patrick Matata (UDPS) a vivement critiqué l’approche gouvernementale, qualifiant les solutions proposées d’inadaptées à la réalité économique de l’entreprise.
Prenant la parole au nom de son groupe parlementaire, le député Patrick Matata n’a pas utilisé de détour pour exprimer son scepticisme face aux explications fournies par le Ministre de l’Industrie. Pour l’élu de Kisangani, le gouvernement tente de « soigner un malade dont il ne connaît pas la pathologie ».
Selon lui, la relance de ce fleuron industriel de la Province orientale démembrée ne peut se résumer à une simple injection de fonds sans une analyse sectorielle approfondie. S’appuyant sur des cadres d’analyse économique (notamment les « 5 forces de Porter »), Patrick Matata a interrogé la viabilité du secteur textile en RDC.
« Quelle est la rivalité réelle dans le secteur et pourquoi les entreprises textiles ne prospèrent-elles pas ? Existe-t-il des produits de substitution qui bloqueraient la SOTEXKI même en cas de reprise ? La structure des coûts permet-elle une vente rentable face au pouvoir d’achat actuel des Congolais ? ›, s’est-il interrogé.
L’ombre des « éléphants blancs »
Alors que le budget national augmente d’année en année, Patrick Matata constate une absence d’impact visible sur le terrain industriel. « L’expérience de la RDC a montré suffisamment qu’on sait mettre en place des éléphants blancs. Il ne faut plus continuer à injecter de l’argent dans les secteurs sans études suffisantes », a-t-il martelé devant ses collègues au Parlement.
En utilisant des outils de gestion tels que les matrices BCG et McKinsey, Patrick Matata a démontré que la SOTEXKI présente actuellement une rentabilité nulle, voire négative, avec un cash-flow largement déficitaire. Pour lui, la solution présentée par le ministre ne correspond pas à la sévérité de la situation financière de l’entreprise.
Malgré sa sévérité technique, Matata a réaffirmé que la relance de la SOTEXKI demeure un « impératif » pour la population de Kisangani. Des milliers de familles dépendent historiquement de cette chaîne de valeur, de la production de coton à la commercialisation des textiles, a-t-il ajouté.
Ainsi, Patrick Matata appelle à un « diagnostic sectoriel sérieux et sans complaisance » pour lever les facteurs bloquants (filières amont et aval) avant tout engagement financier massif. Selon lui, l’objectif est de s’assurer que les fonds publics servent réellement à redonner vie à l’industrie locale et non à financer un nouvel échec industriel.
Serge SINDANI
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