La scène musicale congolaise et la lutte pour la liberté d’expression viennent de perdre l’une de leurs figures emblématiques. Delcat Idengo, chanteur engagé et critique acerbe du régime de Kinshasa, a été froidement assassiné ce jeudi 13 février en pleine journée à Goma, chef lieu de la province du Nord-Kivu. Selon plusieurs témoins, l’artiste a été pris pour cible par des éléments du mouvement rebelle M23 sur la route menant à Turunga.
Originaire de Beni, épicentre des massacres perpétrés par les ADF, Delcat Idengo s’était imposé comme une voix de la résistance populaire, dénonçant sans détour l’incapacité du gouvernement congolais à protéger ses citoyens et les connivences présumées entre certains acteurs politiques et les groupes armés. À travers ses chansons, il critiquait ouvertement les autorités congolaises, l’armée et plusieurs figures influentes du Nord-Kivu.
Son engagement lui avait valu plusieurs arrestations, notamment en avril 2021, avant d’être finalement libéré en décembre 2023 sur ordre du président Félix Tshisekedi, sous la pression populaire lors d’une visite à Butembo. Cependant, loin de renoncer à son combat, Idengo avait repris ses productions musicales, multipliant les titres dénonçant la situation sécuritaire du pays.
Ce jeudi 13 février, aux alentours de 13h, Delcat Idengo a été abattu à Goma dans des circonstances encore troubles. Certains témoins affirment qu’il a été tué alors qu’il tournait une nouvelle chanson. D’autres avancent que les assaillants lui auraient fait porter un pantalon de l’armée congolaise après son exécution, possiblement pour légitimer leur acte.
L’opposant Martin Fayulu, parmi les premières personnalités à réagir, s’est indigné sur son compte X :
« Qui a assassiné l’artiste musicien Idengo Delcat à Goma, et pour quelles raisons ? La nation perd un patriote engagé pour la cohésion nationale. Je pleure la disparition d’Idengo. Mes condoléances à sa famille et à tous les patriotes. Il est plus que temps que cette guerre prenne fin. L’humanité avant tout ! »
Détenu une nouvelle fois à la prison centrale de Munzenze, Idengo avait réussi à s’échapper fin janvier lors de l’évasion massive provoquée par l’offensive du M23 sur Goma. Mais son retour dans la clandestinité n’a pas stoppé son engagement artistique : il avait récemment publié une chanson dénonçant la présence du M23 dans la ville.
Pour de nombreux observateurs, ce dernier acte de bravoure lui a coûté la vie. Dans un contexte où la guerre déchire l’Est de la RDC et où les libertés d’expression se heurtent à la violence des armes, la disparition de Delcat Idengo sonne comme une alerte tragique sur les dangers qui guettent les voix dissidentes.
Gilbert NM
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