La République démocratique du Congo a honoré la mémoire des millions de ses citoyens victimes des violences massives perpétrées sur son sol depuis les années 1990, à l’occasion de la troisième commémoration du Genocost, terme désignant le génocide à motivation économique dont le pays estime être victime. La cérémonie s’est tenue à Kinshasa, en présence du Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, de membres du gouvernement, du corps diplomatique, de survivants et de nombreuses forces vives de la Nation.
Au cœur de cette commémoration, le Chef de l’État a inauguré un mémorial constitué de 93 stèles, chacune représentant un épisode tragique du cycle de violences que connaît le pays depuis 1993. Une flamme éternelle y a été allumée, en hommage aux disparus, mais aussi comme symbole d’un triple appel : à la mémoire, à la dignité et à la justice.
La Première ministre Judith Suminwa a annoncé, au nom de son gouvernement, une stratégie nationale visant la reconnaissance internationale du Genocost. Cette démarche s’articule autour de deux axes :
Politique, avec un appel du Président Tshisekedi au Parlement pour l’adoption d’une résolution officielle proclamant la reconnaissance du génocide perpétré sur le sol congolais ;
Diplomatique, à travers une campagne offensive et concertée auprès des États partenaires, des institutions internationales et des sociétés civiles étrangères.
Un dialogue direct sera initié avec les chancelleries accréditées à Kinshasa pour les sensibiliser à l’ampleur de la tragédie et les inciter à relayer la cause congolaise auprès de leurs gouvernements respectifs.
En prélude à la commémoration, un colloque international a été organisé, rassemblant juristes, chercheurs et diplomates. Objectif : démontrer que plusieurs massacres documentés en RDC remplissent les critères établis par la Convention de 1948 sur le génocide. Cette initiative vise à consolider le plaidoyer congolais sur le plan du droit international.
Dans un discours sans concession, le Président Tshisekedi a dénoncé « l’indifférence glaciale » de la communauté internationale face aux atrocités commises en RDC, pourtant bien documentées par les Nations Unies et des organisations locales. Il a évoqué des crimes ciblés contre des communautés congolaises, motivés par la convoitise des ressources naturelles.
Le Président a également pointé du doigt la poursuite de cette logique d’extermination dans l’Est du pays, accusant l’agression rwandaise menée par le M23/AFC. Il a annoncé la mise en place prochaine d’une Commission d’enquête indépendante sur les massacres en cours.
« Nous n’attendrons pas que d’autres valident notre douleur »
Face à l’inertie internationale, le Président congolais a lancé un message fort :
«Si le monde hésite encore à reconnaître cette tragédie pour ce qu’elle est – un génocide rampant –, nous n’attendrons pas que d’autres valident notre douleur. Nous en sommes les premiers témoins, nous en serons les premiers artisans de justice. »
Un appel pour que plus jamais le silence ne tue
La cérémonie s’est clôturée par les témoignages déchirants de survivants des massacres, rappelant la dimension humaine et la gravité des faits. L’inauguration du mémorial de 93 stèles, en référence à l’année 1993, point de départ du cycle de violences, a marqué un acte de mémoire et de résilience collective.
Gilbert N.
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