Dans cette interview exclusive accordée à BETO, Patrick Nkanga, Rapporteur du Bureau Politique du PPRD, revient sur la situation politique actuelle en RDC. Il décrit un pays traversé par une crise profonde, touchant à la fois les institutions, la cohésion nationale et le contrat social.
L’entretien aborde la position du PPRD face à la suspension de ses activités, le sens réel de la plateforme « Sauvons la RDC », et le rôle que Joseph Kabila continue de jouer dans le paysage politique. Patrick Nkanga y défend la nécessité d’un dialogue politique inclusif, d’un retour au pacte républicain, et plaide pour une action politique centrée sur l’intérêt supérieur de la nation.
À travers ses réponses, il invite à une relecture du débat national, sans posture partisane, avec comme priorité le rétablissement de la paix, de la stabilité et de la confiance dans la vie publique.
Interview
Comment décririez-vous la période politique que traverse actuellement la RDC ?
Patrick Nkanga/ Notre pays est en crise. Ne pas l’admettre, c’est faire preuve d’une négation de la réalité. La crise est sociale, sociologique, institutionnelle, sécuritaire et même existentielle. Car le vivre ensemble en tant que Nation, en tant que Peuple n’ont jamais été autant mis à mal depuis l’avènement de la 3ème République.
Que vous soyez dans l’opposition ou en transition stratégique, quelles sont vos préoccupations prioritaires ? Que souhaitez-vous défendre ou corriger en tant qu’acteur politique ?
PN/ Aujourd’hui la priorité politique ne peut se circonscrire dans un contexte partisan quand la Nation est en crise. Quand l’idéal même que nous nous sommes faits de la République que nous devons léguer aux générations futures est en dépérissement. L’enjeu aujourd’hui pour tout acteur politique lucide ou pour toute structure politique, c’est de voir notre pays recouvrer la paix, la stabilité et la cohésion nationale. Ceci va bien au-delà des seules ambitions partisanes ou personnelles. Et pour ce faire, nous devons engager courageusement des discussions fraternelles sur notre pays et sur les voies de sorties de crise. Ce n’est qu’à l’aune d’une normalisation du fonctionnement de notre pays que nous pouvons décliner nos ambitions en tant que structure politique.
Le gouvernement a annoncé la suspension des activités du PPRD. Comment votre parti continue-t-il de fonctionner ? Et dans quel esprit : résistance, reconstruction, alliance ?
PN/ Il y’a un maxime français qui dit que ce qui ne vous tue pas, vous rend plus fort. Nous ne sommes pas morts. La décision conservatoire du Ministre de l’Intérieur est tombée en désuétude depuis un long moment et ce, conformément aux dispositions constitutionnelles et légales. La suspension du PPRD n’est donc plus d’actualité. Sous peu, nous allons reprendre nos activités politiques dans l’ensemble de nos fédérations disséminées sur l’étendue nationale.
Joseph Kabila a récemment lancé une nouvelle plateforme, “Sauvons la RDC”. Quelle place cette initiative occupe-t-elle dans votre stratégie ? S’agit-il d’un projet complémentaire au PPRD ? D’un élargissement politique au-delà des anciens cadres ? Ou d’une réponse à la situation actuelle du pays ?
PN/ Dire que le Président Joseph KABILA a lancé une nouvelle plateforme n’est pas correcte. Des congolais de divers horizons ont décidé de commuer leurs forces et leurs intelligences en vue de mener un combat citoyen et politique, fort d’un diagnostic. Les participants ont jugé en âme et conscience, que le Président Joseph KABILA puisse en porter le leadership. C’est de ça qu’il s’agit.
Est-il toujours une figure d’influence au sein du PPRD ou prend-il un nouveau chemin ? Et plus largement, comment voyez-vous son apport dans la vie démocratique actuelle ?
PN/ On identifie souvent un homme en raison de son parcours, de ses promesses et des actes qu’il a eu à poser dans le passé et des actes qu’il pose dans le présent. s’agissant du Président KABILA, quels sont ses actes ?
Il a eu à œuvrer pour la réunification de notre pays, sa stabilité et sa démocratisation. Aujourd’hui encore, il le dit lui-même, il veut œuvrer pour la paix, la cohésion nationale, la réconciliation nationale ainsi que la sauvegarde de la démocratie. Je n’en doute pas un seul instant.
Comment analysez-vous ce conflit ? Et selon vous, quelle doit être l’approche de l’opposition, du gouvernement, et même des acteurs régionaux ?
PN/ Personnellement, je pense que la rupture brusque et impréparée de notre politique sécuritaire et diplomatique au niveau sous-régional a été de nature à faire ressurgir des velléités latentes qui étaient en passe d’être résolues de manière plus pérenne et pourquoi pas de manière définitive. La discontinuité stratégique ne nous a pas été bénéfique.
Maintenant, il y’a plusieurs initiatives qui sont entreprises à plusieurs échelons et avec des objectifs divers, parfois peu connus du grand public et même pas de l’assemblée nationale. A cet instant précis d’ailleurs, le Gouvernement est en discussion avec le Rwanda, à Washington.
Je pense que le gouvernement doit agir avec cohérence et responsabilité, en prenant en compte la mesure et la portée réelle de la crise que traverse notre pays. Certaines communications, actions du Gouvernement ou du moins de certains de ses membres, dénotent d’une incohérence entre le dire et le faire.
Quel regard portez-vous sur l’exercice actuel du pouvoir par Félix Tshisekedi ? Sans animosité, quels aspects jugez-vous positifs, et sur quels points exprimerez-vous des désaccords ou des attentes plus fortes ?
PN/ L’UDPS a mené sa lutte politique durant plus de 30 ans, en disant la mener pour la démocratie, le Peuple, le progrès social, la liberté. Aujourd’hui, notre démocratie se consolide-t-elle ? Où en est-on avec le Peuple d’abord ? Je pense que le meilleur jugement que l’on puisse faire de l’exercice du Pouvoir par l’UDPS, est très simple : il suffit juste de prendre les discours qu’elle tenait lorsqu’elle était à l’opposition et l’opposer à ce qu’elle dit et fait aujourd’hui. Chacun en tirera nettement une conclusion propre.
Quelles sont, selon vous, les conditions d’un vrai apaisement politique et démocratique en RDC ?
PN/ Il n’y a pas 36.000 solutions. Nous devons trouver une issue politique et pacifique à la crise que connaît notre pays. Nous devons nous parler dans le cadre d’un dialogue sincère et inclusif, en abordant tous les aspects sans en occulter un seul. Renouer rapidement avec le Pacte Républicain avant 2028. Si nous n’arrivons pas à résoudre cette crise à temps, elle aura des conséquences fâcheuses sur notre pays et son avenir, pire que toutes les crises que nous avons connues précédemment dans notre histoire.
Avant le dialogue proprement-dit, il faut que le Gouvernement prenne des mesures concrètes qui vont dans le sens d’une décrispation politique profonde et totale.
Nombreux sont ceux qui ne se reconnaissent plus dans l’offre politique actuelle. Que leur répondez-vous pour restaurer la confiance dans l’action publique, la parole politique et l’avenir de la République ?
PN/ Le regard méfiant de nos concitoyens face aux différentes structures politiques est fort compréhensible. Les acteurs politiques sont de moins en moins crédibles et cohérents dans leurs démarches. Ce qui est de nature à provoquer la confusion et une crise de confiance.
Mais ce que je puis dire, il faut soi-même être le changement que l’on veut voir.
Propos recueillis par Litsani Choukran.
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