La question du rôle du commerce extérieur dans la transformation économique de la République démocratique du Congo s’est invitée au cœur du débat académique. À l’Université Catholique du Congo (UCC), une série de conférences consacrées aux politiques commerciales nationales a été lancée mardi 21 avril, avec pour thème central : «comment faire du commerce extérieur un véritable levier de la capacité productive du pays».
À l’ouverture de ces échanges, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a dressé un état des lieux sans complaisance. Il a mis en évidence une croissance soutenue des exportations congolaises, passées de 9,1 milliards USD en 2015 à 38,09 milliards USD en 2024. Une performance notable, mais largement tirée par le secteur minier.
À l’en croire, cuivre, cobalt, or et minerais dits « 3T » dominent en effet la structure des exportations, représentant près de 80 % des ventes à l’étranger en 2024. En incluant les produits chimiques dérivés, ce poids dépasse même 94 %, confirmant la forte dépendance de l’économie congolaise aux matières premières. Une situation qui, selon le ministre, expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux.
Malgré cette concentration, il a indiqué qu’un signal encourageant émerge du secteur agroalimentaire. Sa part dans les exportations, bien que marginale, est passée de 0,67 % en 2023 à 2,72 % en 2024, traduisant un début de diversification progressive.
Du côté des importations, Julien Paluku a laissé entendre que la tendance reste également à la hausse, atteignant 17,79 milliards USD en 2024 contre 8,3 milliards USD en 2015. Cette évolution reflète à la fois les besoins croissants de l’industrie minière et les insuffisances de la production locale. La facture énergétique, notamment liée aux importations de carburant pour les activités extractives, demeure particulièrement lourde, représentant plus d’un tiers des importations.
Parallèlement, dit-il, les équipements industriels, machines et matériels de transport occupent une part importante, confirmant la dépendance aux intrants étrangers pour soutenir la croissance. Toutefois, une baisse notable des importations alimentaires – de 13,56 % en 2015 à 8,01 % en 2024 – laisse entrevoir une amélioration progressive de la production locale.
Dans ce contexte, il a fait remarquer que l’excédent commercial enregistré par la RDC reste fragile, car étroitement lié à la volatilité des prix des matières premières sur le marché mondial.
Face à ces défis, Julien Paluku Kahongya a insisté sur la nécessité d’un changement de paradigme. Il appelle à un arrimage cohérent des politiques publiques, en intégrant les dimensions agricole, énergétique, industrielle et infrastructurelle dans la stratégie commerciale.
Parmi les pistes évoquées figurent la relance de la production agricole à travers la mise en place de zones agricoles protégées, l’amélioration de l’accès aux intrants via des subventions ciblées, ainsi que le développement d’infrastructures de stockage modernes. Le ministre plaide également pour une réforme fiscale orientée vers le développement, avec la suppression des taxes jugées pénalisantes et un soutien accru au secteur agricole.
« Le commerce extérieur ne doit plus être une simple sortie de matières brutes, mais le vecteur de notre envol industriel et du développement durable », a-t-il affirmé, soulignant que la RDC dispose d’atouts considérables, notamment ses ressources naturelles, sa jeunesse et son potentiel de marché intérieur.
Christian Okende
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