L’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) a annoncé une série de mesures restrictives visant les intrants stratégiques utilisés par les entreprises minières en République démocratique du Congo. Désormais, certaines matières essentielles — notamment l’acide sulfurique, la chaux vive et le charbon — ne pourront plus être commercialisées directement par les sociétés minières.
Présentée comme une décision « forte », cette réforme vise à renforcer la participation des entreprises nationales dans la chaîne d’approvisionnement du secteur minier, tout en assainissant les pratiques commerciales. L’annonce a été faite lors d’un briefing spécial coanimé par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, avec comme invité principal le directeur général de l’ARSP, Miguel Kashal Katemb.
Selon ce dernier, l’ARSP a déjà engagé des actions concrètes contre certaines entreprises jugées non conformes. « Nous procédons à des déconnexions massives de ces entreprises du système de paiement des sociétés principales, telles que Tenke Fungurume Mining ou Kamoa Copper. Auparavant, les minières contrôlaient l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement via leurs filiales ou des partenaires étrangers, au détriment des opérateurs congolais. Cette époque est révolue », a-t-il déclaré.
Désormais, la fourniture de ces intrants est strictement réservée aux entreprises de sous-traitance détenues majoritairement par des Congolais, conformément à l’exigence de 51 % de capital national.
De son côté, Patrick Muyaya a inscrit cette initiative dans une logique plus large de transformation structurelle de l’économie congolaise. « Les besoins sont énormes : réactifs, transport, carburant, services. Ce sont des opportunités importantes pour les entreprises locales. Ces marchés doivent être confiés prioritairement aux sous-traitants agréés », a-t-il expliqué.
Le gouvernement entend également mettre un terme aux pratiques de « prête-noms » et lutter contre des montages offshore permettant à certaines sociétés étrangères d’opérer sous couverture locale, sans réelle valeur ajoutée pour l’économie nationale. Dans cette perspective, les autorités annoncent un renforcement de la politique de réservation des marchés au profit des PME congolaises.
Par ailleurs, l’ARSP relève un ralentissement du marché de la sous-traitance, dont le volume est passé de 2,4 milliards USD en 2024 à 1,7 milliard USD en 2025. Plusieurs contrats jugés irréguliers ont été annulés, notamment celui impliquant la société MGT. L’objectif affiché est clair : freiner la fuite des capitaux et favoriser l’émergence d’une classe moyenne congolaise solide.
Réaffirmant la fermeté de l’institution, Miguel Kashal Katemb a précisé : « Les entreprises radiées étaient inéligibles. Nous leur avons accordé un délai de 30 jours pour relancer les appels d’offres. Celles qui contestent peuvent introduire un recours. Mais notre ligne est claire : ceux qui veulent faire des affaires au Congo doivent y investir, créer des emplois et contribuer au développement national. »
L’ARSP estime que l’application rigoureuse de cette réforme pourrait générer des milliers d’emplois indirects dans des secteurs connexes tels que le transport, la maintenance et la logistique. Pour accéder à ces opportunités, les entreprises doivent impérativement obtenir l’attestation d’agrément, s’enregistrer sur la plateforme officielle de l’ARSP et prouver que 51 % de leur capital est détenu par des nationaux.
À travers ces mesures, les autorités congolaises entendent réorienter durablement la chaîne de valeur minière au profit des opérateurs locaux et maximiser les retombées économiques sur l’ensemble du territoire.
Albert Einstein M.
En savoir plus sur BETO.CD
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
