Éditorial BETO 66 ans après l’indépendance : entre guerre, Ebola et la res publica, la souffrance du peuple saute aux yeux

66 ans après l’indépendance : entre guerre, Ebola et la res publica, la souffrance du peuple saute aux yeux

66 ans après l’indépendance : entre guerre, Ebola et la res publica, la souffrance du peuple saute aux yeux
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 09:39 WAT · 5 min de lecture

Le 30 juin 1960, la République démocratique du Congo accédait à son indépendance avec l’espoir d’un État libre, prospère et souverain. Soixante-six ans plus tard, le contraste est saisissant. Guerre à l’Est, résurgence d’Ebola, pauvreté persistante, corruption, prédation des ressources publiques et crise de gouvernance rappellent que le rêve porté par les pères de l’indépendance demeure inachevé.

Comme le disait un vieux penseur marxiste aujourd’hui disparu, « le néocolonialisme est plus dangereux que le colonialisme ». Sous le colonialisme, le colonisé connaissait son oppresseur. Sous le néocolonialisme, le colonisé ne voit plus le colon, mais il voit son frère, sous-traité par l’ancien colon, et qui le fait souffrir.

Depuis plusieurs décennies, le pouvoir est trop souvent perçu comme un instrument d’enrichissement personnel plutôt que comme un service rendu à la nation. Après chaque cycle électoral, une partie de la classe dirigeante s’emploie davantage à satisfaire ses intérêts qu’à répondre aux attentes de la population. Les nominations obéissent parfois aux liens familiaux, aux affinités politiques ou aux clientèles, tandis que les services sociaux de base continuent de se dégrader.

Pendant ce temps, dans l’Est du pays, la guerre continue de ravager des millions de vies.

Face à l’occupation de plusieurs territoires par l’AFC/M23, la République démocratique du Congo demeure dans son plein droit de défendre son intégrité territoriale. La souveraineté d’un État n’est pas négociable. Les Forces armées de la RDC ont le devoir constitutionnel et international de protéger la population et de restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

Qualifier cette obligation de « posture va-t-en-guerre » relève d’une inversion des responsabilités. Les résolutions successives des Nations-unies condamnent les activités du M23 et rappellent le respect de l’intégrité territoriale de la RDC. Une paix durable ne peut être bâtie sur l’occupation des territoires ni sur la légitimation des groupes armés. Elle passe par le rétablissement de l’autorité de l’État et la protection effective des populations civiles.

Mais la guerre n’est pas le seul drame auquel font face les Congolais.

Alors que les armes continuent de parler dans plusieurs provinces, une nouvelle flambée d’Ebola frappe une partie du pays. Là encore, ce sont les populations les plus vulnérables qui paient le prix fort.

Le mot « Ebola » suscite naturellement la peur. Pourtant, la lutte contre cette maladie ne peut être guidée par la panique. Elle doit reposer sur la science, la surveillance épidémiologique et la confiance envers les équipes médicales engagées sur le terrain.

L’identification rapide des cas, le suivi des personnes contacts, la sensibilisation des communautés et une communication responsable constituent les principaux piliers de la riposte. Les autorités sanitaires affirment que les dispositifs sont progressivement renforcés et que les populations collaborent davantage avec les structures de santé, facilitant ainsi la prise en charge des malades.

Cette crise sanitaire rappelle une évidence : un pays fragilisé par la guerre est toujours plus exposé aux épidémies. Lorsque les populations fuient les combats, que les structures sanitaires sont détruites ou difficilement accessibles, la riposte devient plus complexe et les conséquences plus lourdes.

Ainsi, à 66 ans de l’indépendance, le peuple congolais continue de lutter simultanément contre les armes, les maladies et les faiblesses de la gouvernance.

Pourtant, chaque 30 juin, les discours officiels célèbrent Patrice Lumumba, Étienne Tshisekedi et tous ceux qui ont sacrifié leur vie ou leur liberté pour un Congo souverain. Tous disent parler au nom du peuple. Tous affirment défendre ses intérêts. Mais les actes peinent encore à traduire cet engagement.

La véritable indépendance ne se mesure pas uniquement à la présence d’un drapeau, d’un hymne national ou d’institutions républicaines. Elle se mesure aussi à la capacité de garantir la sécurité des citoyens, l’accès aux soins, une justice équitable, une gouvernance responsable et une répartition plus juste des richesses nationales.

Soixante-six ans après l’indépendance, une question demeure plus actuelle que jamais : qu’avons-nous réellement fait de l’héritage de nos héros ?

Ont-ils consenti le sacrifice suprême pour qu’une minorité jouisse des privilèges pendant que la majorité continue de vivre dans la peur, la misère et l’incertitude ?

Au-delà des cérémonies officielles, le 30 juin devrait être un moment de vérité nationale. Une occasion de regarder lucidement le chemin parcouru, de reconnaître les échecs et de rebâtir un véritable contrat entre l’État et son peuple.

Car la plus grande victoire que la RDC puisse offrir à ses héros ne sera ni un défilé militaire ni un discours de circonstance. Ce sera un pays où la paix remplace les armes, où Ebola cesse de faire des victimes, où les richesses profitent enfin à tous et où l’indépendance cesse d’être une simple date commémorative pour devenir une réalité vécue par chaque Congolais.

Christian Okende

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