Santé Ebola en RDC: 3,5 millions de personnes menacées par la faim, le PAM réclame 214 millions USD
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Ebola en RDC: 3,5 millions de personnes menacées par la faim, le PAM réclame 214 millions USD

Ebola en RDC: 3,5 millions de personnes menacées par la faim, le PAM réclame 214 millions USD
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 27 OCTOBRE 2026 - 11:01 WAT · 6 min de lecture

Le Programme alimentaire mondial (PAM) tire la sonnette d’alarme sur l’aggravation de l’insécurité alimentaire dans les zones touchées par Ebola en République démocratique du Congo (RDC). Selon une communication de l’agence onusienne datée du 23 octobre 2026, près de 3,5 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë de niveau « crise » ou pire. Pour maintenir ses opérations d’urgence dans l’est du pays au cours des six prochains mois, le PAM estime ses besoins financiers à 214 millions de dollars américains.

Cette situation humanitaire résulte de plusieurs facteurs, notamment les conflits armés, les déplacements de populations, les difficultés d’accès aux marchés et les conséquences de l’épidémie d’Ebola sur les moyens de subsistance des ménages.

Selon le PAM, 97 % des personnes directement affectées par l’épidémie ont encore besoin d’une assistance alimentaire. L’agence prévient que l’extension de la maladie à une huitième province accentue les besoins en nourriture, en transport humanitaire et en infrastructures sanitaires.

« Les familles ne devraient pas avoir à choisir entre respecter les consignes sanitaires et trouver de quoi se nourrir », souligne l’agence onusienne.

Pour le PAM, l’aide alimentaire constitue un soutien indispensable à la riposte sanitaire. Elle permet notamment aux patients et à leurs proches de respecter les mesures d’isolement sans être contraints de se déplacer pour rechercher de la nourriture.

Afin de poursuivre ses interventions dans l’est de la RDC, l’agence sollicite 214 millions de dollars pour les six prochains mois. Ce financement doit couvrir la distribution de vivres, les services logistiques et de télécommunications, le transport aérien humanitaire ainsi que la construction de centres de traitement d’Ebola.

Sur cette enveloppe, 78,6 millions de dollars sont destinés à la fourniture de repas chauds et de rations alimentaires sèches aux personnes directement touchées par l’épidémie et à leurs familles.

Le directeur du PAM en RDC, David Stevenson, met en garde contre les conséquences d’une insuffisance de financement sur la prise en charge des populations vulnérables.

« Sans un soutien durable, nous risquons de laisser des familles dans l’incapacité de suivre les recommandations sanitaires au moment où elles en ont le plus besoin », a-t-il averti.

Le PAM distingue toutefois ses besoins opérationnels globaux, évalués à 214 millions de dollars, des 115 millions de dollars sollicités spécifiquement pour la réponse à Ebola au cours de la même période. La première enveloppe couvre également les interventions en faveur des populations affectées par les conflits et l’insécurité alimentaire.

Sur le terrain, l’agence indique avoir déjà distribué plus de 744 000 repas chauds dans les centres de traitement et d’isolement, ainsi que plus de 3 000 tonnes de denrées alimentaires aux familles des patients.

Elle prévoit également de fournir des rations alimentaires sèches à plus de 500 000 proches de patients et personnes suspectées d’être infectées.

À Butembo, dans la province du Nord-Kivu, Isabelle Kyakimwa, prise en charge dans un centre de traitement d’Ebola, a témoigné de l’importance de cette assistance pendant sa convalescence.

« La nourriture est importante pour nous, les patients, parce qu’elle nous aide à retrouver la force nécessaire pour continuer », a-t-elle expliqué au PAM.

L’agence rappelle néanmoins que l’alimentation ne constitue pas un traitement contre Ebola. Elle permet cependant de soutenir les patients pendant leur prise en charge médicale et de réduire les difficultés rencontrées par leurs familles.

À cette urgence sanitaire s’ajoute la persistance des violences armées dans plusieurs territoires de l’est de la RDC. Les affrontements provoquent des déplacements de populations, perturbent les activités agricoles et compliquent l’approvisionnement des marchés.

À Mungbwalu, en Ituri, Francine Birungi Amoti, qui a perdu un enfant à cause d’Ebola, doit désormais s’occuper de ses six autres enfants ainsi que d’un nourrisson confié à sa garde.

En raison de l’insécurité, elle ne peut plus accéder à ses champs pour subvenir aux besoins de sa famille.

« Si vous partez, vous risquez de ne même pas revenir vivant, et je n’ai pas d’argent pour acheter de la nourriture au marché local. Alors, nous restons à la maison, et le PAM nous aide énormément », a-t-elle confié.

Ce témoignage illustre les difficultés auxquelles sont confrontées les familles affectées simultanément par les violences, la maladie et le manque de nourriture.

Outre l’assistance alimentaire, le PAM assure des services logistiques essentiels au fonctionnement des opérations humanitaires dans les zones difficiles d’accès.

Le Service aérien d’aide humanitaire des Nations unies (UNHAS), géré par le PAM, a effectué 1 255 vols depuis le début de l’intervention, permettant le transport de 10 272 intervenants humanitaires et de 483 tonnes de fret.

Le dispositif logistique a également facilité le stockage de 3 417 tonnes de fournitures humanitaires pour 43 organisations partenaires, ainsi que l’acheminement de 2 653 tonnes de matériel de secours par voie aérienne et terrestre.

Ces opérations contribuent notamment au transport des médicaments, des équipements de protection individuelle et d’autres fournitures indispensables à la prise en charge des patients.

Sur le plan des infrastructures sanitaires, le PAM indique avoir construit le premier centre de traitement d’Ebola de Musienene en moins de deux mois, malgré l’insécurité, les difficultés d’accès et les fortes pluies.

La construction d’un autre centre se poursuit à Bunia, en Ituri, tandis que quatre structures supplémentaires sont envisagées, notamment à Goma, au Nord-Kivu.

Face à l’ampleur des besoins, le PAM appelle les partenaires financiers à mobiliser rapidement les ressources nécessaires pour éviter toute interruption de ses opérations.

« Nous exhortons les bailleurs de fonds à fournir dès maintenant des financements flexibles, afin que les vivres continuent d’être acheminés, que les avions continuent de voler et que les services essentiels restent opérationnels à mesure que l’épidémie se propage », a déclaré David Stevenson.

Le responsable a également invité les médias et les dirigeants internationaux à maintenir leur attention sur la situation humanitaire dans l’est de la RDC.

Pour le PAM, la poursuite de l’assistance alimentaire et logistique reste essentielle afin de protéger les populations vulnérables, de soutenir les équipes médicales et de limiter les conséquences humanitaires de l’épidémie dans les zones déjà fragilisées par les conflits armés.

Christian T. ÉZÉCHIEL

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