30 juin 1960 – 30 juin 2026 : 66 ans d’une République à la recherche d’elle-même
30 juin 1960 – 30 juin 2026 : 66 ans d’une République à la recherche d’elle-même
AFP
Il y a soixante-six ans, un peuple devenait libre. Depuis, il cherche encore à transformer cette liberté en puissance. Le 30 juin est bien plus qu’une date inscrite dans le calendrier national. C’est un rendez-vous avec notre mémoire collective. Chaque année, la République démocratique du Congo célèbre son indépendance. Chaque année aussi, une même interrogation revient, parfois à voix basse, parfois avec force : qu’avons-nous réellement fait de cette liberté conquise il y a soixante-six ans ?
En 1960, l’indépendance incarnait une promesse. Celle d’un État souverain, maître de son destin, capable de transformer ses immenses ressources en prospérité et de faire de sa diversité un socle d’unité. Le Congo naissait avec l’ambition de devenir l’un des grands États africains. Les discours prononcés ce 30 juin, qu’ils soient conciliants ou revendicatifs, traduisaient tous une certitude : une nouvelle histoire commençait.
Pourtant, cette histoire a rapidement pris un chemin plus complexe que celui imaginé par les pères de l’indépendance.
À peine quelques jours après la proclamation de la souveraineté, la jeune République est confrontée à la mutinerie de la Force publique, aux sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï, aux rivalités idéologiques de la guerre froide et aux ingérences étrangères. L’espoir cède progressivement la place à une longue succession de crises politiques, de conflits armés et de ruptures institutionnelles.
Le paradoxe
La République démocratique du Congo possède l’un des sous-sols les plus riches du monde. Elle abrite le deuxième plus grand massif forestier de la planète, un potentiel hydroélectrique exceptionnel, une population jeune et une position géostratégique enviée. Pourtant, une partie importante de ses citoyens continue de vivre dans la précarité, tandis que l’est du pays reste meurtri par des violences récurrentes qui fragilisent l’autorité de l’État et éprouvent la cohésion nationale.
Cette contradiction constitue peut-être le plus grand défi de la République : comment un pays si riche peut-il encore peiner à offrir à tous ses enfants les conditions d’une vie digne ?
Mais réduire ces soixante-six années à un catalogue d’échecs serait tout aussi injuste. Le Congo a résisté à des crises qui auraient pu le faire disparaître. Il a traversé des guerres, des rébellions, des transitions politiques et des alternances sans jamais perdre son existence en tant qu’État. Son peuple a démontré, à plusieurs reprises, une remarquable capacité de résilience. Sa jeunesse innove, entreprend, crée et continue de croire qu’un autre avenir est possible. Ses artistes, ses chercheurs, ses entrepreneurs, ses sportifs et sa société civile portent chaque jour l’image d’un pays qui refuse de se résigner.
Se réinventer
Peut-être est-ce là que réside la véritable question de ce 30 juin : la République est-elle encore à la recherche d’elle-même, ou est-elle en train de se redéfinir ?
L’histoire d’une nation ne se construit pas uniquement à travers ses institutions ou ses dirigeants. Elle s’écrit aussi dans le comportement de ses citoyens, dans le respect du bien commun, dans la qualité de son école, dans l’indépendance de sa justice, dans la crédibilité de ses médias, dans la force de son économie et dans la confiance qu’elle inspire à ceux qui la composent.
L’indépendance n’est pas un acquis figé. Elle est une responsabilité qui se renouvelle chaque génération. Soixante-six ans après le 30 juin 1960, la République démocratique du Congo demeure une nation en construction. Elle porte encore les blessures de son passé, mais aussi les ressources humaines, naturelles et culturelles nécessaires pour écrire un autre chapitre de son histoire.
L’heure n’est plus seulement à célébrer l’indépendance. Elle est à lui donner tout son sens. Car la véritable souveraineté ne se mesure pas uniquement au droit de hisser un drapeau ou d’entonner un hymne national. Elle se mesure à la capacité d’un État à garantir la sécurité de son territoire, la justice pour ses citoyens, l’éducation de sa jeunesse, la prospérité de son économie et la dignité de son peuple.
C’est peut-être à cette condition que, lors d’un prochain anniversaire de l’indépendance, la République démocratique du Congo ne sera plus perçue comme une nation à la recherche d’elle-même, mais comme une République pleinement réconciliée avec son histoire, consciente de ses forces et résolument tournée vers son avenir.
Odon Bakumba, rédacteur en chef adjoint à BETO