Sports Vu du Congo — 3 heures du matin, l’heure congolaise de la gloire : d’Ali-Foreman aux Léopards, comment veiller (et survivre au jour d’après)

Vu du Congo — 3 heures du matin, l’heure congolaise de la gloire : d’Ali-Foreman aux Léopards, comment veiller (et survivre au jour d’après)

En 1974, Kinshasa veillait à 4h du matin pour le Combat du siècle, Ali contre Foreman. Cette nuit, le Congo se relève à 3h pour Colombie–RD Congo — et devra survivre au mercredi. La chronique du Coach na Beto.

La Rédaction
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23 juin 2026 à 14h22
Vu du Congo — 3 heures du matin, l’heure congolaise de la gloire : d’Ali-Foreman aux Léopards, comment veiller (et survivre au jour d’après)

Approchez, je vais vous confier un secret que ce pays connaît mieux que personne : la gloire, chez nous, ne vient jamais à une heure raisonnable. Elle vous tire du lit en pleine nuit, les yeux collés, la bouche pâteuse, et elle vous demande d’y croire quand même. Cette nuit, à trois heures du matin, vos Léopards jouent la Colombie. Un mardi. Avec le travail mercredi, l’école mercredi, le moto-taxi à charger mercredi. Et pourtant tout le monde sera debout.

Ne me dites pas que c’est déraisonnable. Je sais que c’est déraisonnable. C’est exactement pour ça que ça nous ressemble.

Kinshasa a déjà fait la nuit blanche du monde entier

Rembobinons, parce qu’il y a un précédent, et quel précédent. Le 30 octobre 1974, dans cette ville, deux hommes sont montés sur un ring à quatre heures du matin. Quatre heures. Pas parce que Kinshasa aimait souffrir, mais parce que l’Amérique voulait regarder à une heure confortable, et que le reste de la planète devait s’aligner sur son fuseau. Alors le Congo a accepté de veiller pour que le monde, lui, puisse s’asseoir tranquille. Ali contre Foreman, le Combat du siècle, soixante mille personnes au stade du 20-Mai — celui qu’on appelle aujourd’hui Tata Raphaël, rebaptisé stade Ali-Foreman — et près d’un milliard de paires d’yeux sur la Terre.

Foreman était une montagne, donné gagnant à quatre contre un. Ali, lui, s’est appuyé sur les cordes, a encaissé, encaissé encore, a laissé l’autre se vider de sa force dans la chaleur moite de notre nuit — et au huitième round, il l’a couché. « Ali bomaye », chantait le stade. Ali, tue-le. Le Congo n’a pas seulement accueilli ce combat. Il l’a inspiré. Il a appris ce soir-là, à la face du monde, qu’on gagne aussi en encaissant, en attendant son heure, en tenant debout quand tout vous dit de tomber.

Cinquante-deux ans plus tard, presque jour pour jour de fuseau, on remet ça. À trois heures du matin. Encore une fois pour que d’autres puissent regarder à une heure correcte. Encore une fois, le Congo veille pour le spectacle du monde.

Le vrai adversaire de cette nuit s’appelle mercredi matin

Soyons sérieux deux minutes, entre nous. Le problème, cette nuit, ce n’est pas seulement le numéro dix colombien. C’est le réveil de sept heures. C’est le patron qui ne regarde pas le football. C’est le professeur qui interroge à la première heure. C’est la moto qu’il faut quand même sortir, parce que la famille mange que vous ayez dormi ou non.

Alors le vieux vous donne ses conseils, gratuitement, comme toujours. Dormez maintenant, tout de suite, avant le coup d’envoi — deux heures volées valent mieux que zéro. Préparez le café avant, pas pendant, on rate les buts à la cuisine. Et demain, soyez indulgents les uns avec les autres : si le collègue baille, s’il a l’œil rouge et l’esprit à Guadalajara, ne le jugez pas. Il n’était pas en train de faire la fête. Il était de garde. De garde pour le pays.

Il y aura tout un Congo, mercredi, qui travaillera au ralenti avec un sourire idiot. Reconnaissez-les. Ce sont les nôtres.

Ce que cette heure dit de nous

On pourrait s’en plaindre, de jouer toujours quand les autres dorment. Moi, je préfère y voir un honneur déguisé. On a déjà fait vibrer ce Mondial ; on a déjà accueilli la nuit la plus regardée du siècle. Ce pays a l’habitude des grands rendez-vous nocturnes. La rumba se danse jusqu’à l’aube, les veillées se tiennent jusqu’au chant du coq, et nos joies, les vraies, on les cueille toujours quand le reste du monde a éteint la lumière.

Alors cette nuit, ne réglez pas le réveil en soupirant. Réglez-le comme on se prépare à une fête à laquelle, pour une fois, c’est nous qui recevons le monde. La Colombie croit venir jouer un match. Elle ne sait pas qu’elle entre dans une veillée congolaise, et que dans une veillée congolaise, on ne lâche rien avant le matin.

Le mot du Coach

Je ne vous promets pas le résultat, vous me connaissez, je ne vends pas de poudre. Je vous promets une chose : qu’à trois heures du matin, un peuple entier sera plus uni devant onze garçons qu’il ne l’est devant n’importe quel discours. Et que demain, fatigués, heureux ou déçus, on se reconnaîtra à nos yeux cernés, comme à un mot de passe.

Préparez le café. Suivez la nuit avec nous, en direct. Et souvenez-vous, quand vos paupières lutteront vers la 80e minute, qu’en 1974, dans cette même ville, à cette même heure impossible, un homme a gagné le combat de sa vie en faisant semblant de perdre. Tenez bon. C’est une spécialité maison. À tout à l’heure, mes frères — le Coach veille avec vous.

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B
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