Massacres de civils par les ADF : onze ans après, la RDC peine à faire de la menace une urgence nationale
Massacres de civils par les ADF : onze ans après, la RDC peine à faire de la menace une urgence nationale
AFP
Onze ans jour pour jour après les premières tueries des ADF à Beni, la douleur reste vive. Malgré les opérations militaires et les promesses officielles, les massacres se poursuivent dans le Nord-Kivu et l’Ituri, laissant les populations dans une détresse silencieuse.
Ce mercredi 15 octobre 2025 marque le onzième anniversaire du début des massacres perpétrés par les terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’est de la République démocratique du Congo. Depuis les premières tueries survenues dans le quartier Ngadi à Beni, où 33 civils avaient été abattus à la machette, le sang n’a jamais cessé de couler dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa.
Malgré les efforts annoncés par Kinshasa, la menace demeure, sans véritable contrainte observée sur le terrain. Pour Bukali Kima Marc, chef du quartier Ngadi, la douleur des familles des victimes reste ignorée par l’État congolais.
«Les familles sont abandonnées. Elles n’ont jamais été indemnisées malgré les traumatismes psychologiques. L’État n’a pas fait de la lutte contre les ADF une priorité nationale. Si on avait mis du sérieux dans la traque de ces terroristes, ces massacres auraient déjà pris fin », déplore-t-il.
Ce notable appelle à un sursaut national et à une riposte proportionnelle à la gravité du phénomène, estimant que la menace ADF est souvent reléguée au second plan derrière la crise du M23.
«Tout le monde parle du M23 et oublie les ADF, pourtant ils restent très actifs et violents. Il faut une solidarité nationale pour en finir avec eux », insiste-t-il, exhortant les autorités à ouvrir un front diplomatique avec des pays expérimentés dans la lutte antiterroriste.
Complicités internes et faiblesse stratégique
Pour sa part, Paluku Vusoko Philémon, président de la société civile de Rwenzori, dénonce la trahison au sein même des forces de sécurité, qui, selon lui, permet aux ADF de résister malgré les offensives militaires.
«Il y a des complices dans nos rangs. Ces traîtres doivent être identifiés et écartés. Certains militaires et civils collaborent avec l’ennemi, ce qui prolonge la crise », alerte-t-il, tout en appelant à une refonte des stratégies de défense.
Selon lui, les méthodes actuelles de combat ne sont plus adaptées à un ennemi mobile et insaisissable. «La sécurité doit être repensée. L’État doit faire de la menace ADF une priorité absolue, au même titre que la lutte contre le M23 », ajoute-t-il.
Depuis 2014, plus de 20 000 civils ont perdu la vie dans ces massacres, selon des estimations locales. Les opérations conjointes menées par les armées congolaise (FARDC) et ougandaise (UPDF) ont certes permis de neutraliser plusieurs bastions rebelles dans la vallée de Mwalika et d’éliminer certains chefs terroristes, mais les tueries se poursuivent, désormais étendues jusqu’à Lubero, l’Ituri et la Tshopo.
Onze ans après, les populations locales ne réclament qu’une seule chose : que la douleur de Beni et de l’Ituri devienne enfin une urgence nationale.
Azarias Mokonzi