RDC : 1 014 usines opérationnelles, où sont-elles et que produisent-elles réellement ?
Le gouvernement affirme que la RDC compte désormais 1 014 unités industrielles opérationnelles, presque deux fois plus qu’en 2017. Derrière cette progression, la géographie et la production de ces entreprises permettent de mesurer plus précisément la réalité de la « remontada industrielle » revendiquée par Kinshasa.
RDC : 1 014 usines opérationnelles, où sont-elles et que produisent-elles réellement ?
AFP
Le chiffre a été remis en avant vendredi 2 octobre par le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, Justin Kalumba Mwana-Ngongo, également ministre de l’Industrie ad intérim, lors d’une visite des Zones économiques spéciales (ZES) de Maluku et Kin-Malebo. Selon lui, 1 226 unités industrielles sont recensées en RDC, dont 1 014 opérationnelles, contre 525 entreprises industrielles en activité lors de la précédente enquête de 2017. Le ministre y voit le signe d’une « remontada industrielle ».
Ces chiffres ne proviennent toutefois pas uniquement des observations réalisées lors de la visite des deux ZES de Kinshasa. Ils sont tirés du rapport préliminaire du recensement des entreprises industrielles réalisé en 2025, présenté au gouvernement en août dernier. Ce document permet déjà de répondre partiellement à une première question : où se trouvent ces unités ? Kinshasa en concentre 264, devant le Haut-Katanga avec 188 et le Lualaba avec 101. Ces trois provinces regroupent ainsi plus de la moitié des unités industrielles recensées dans le pays.
Kinshasa, Haut-Katanga et Lualaba concentrent l’industrie
Cette répartition révèle une industrie congolaise encore fortement concentrée autour de quelques pôles économiques. Kinshasa bénéficie de son immense marché de consommation et de ses infrastructures, tandis que le Haut-Katanga et le Lualaba sont structurés autour de l’écosystème minier. À elles seules, les trois provinces représentent 553 unités. La question de la réindustrialisation ne porte donc pas seulement sur l’augmentation du nombre d’usines, mais également sur leur implantation dans les autres provinces.
La visite gouvernementale à Maluku et Kin-Malebo fournit également un aperçu concret de ce que produisent certaines de ces entreprises. Hema Beverages fabrique notamment des jus et de l’eau ; Magic Touch SARL produit des pagnes ; SANITEX SARL fabrique des couches et des serviettes hygiéniques. La délégation a aussi visité Safir Seramix et Refriango, cette dernière ayant déjà démarré sa production avant une inauguration annoncée pour novembre.
Les ZES doivent justement permettre d’élargir cette production locale. À Kin-Malebo, les secteurs prioritaires définis par l’Agence des Zones économiques spéciales comprennent notamment la transformation du bois, l’assemblage de produits semi-finis, les biens de consommation et électroménagers, les produits pharmaceutiques et cosmétiques ainsi que les matériaux de construction. Le gouvernement évoque également un projet d’assemblage de téléphones portables, encore présenté comme une perspective plutôt que comme une production déjà effective.
Du nombre d’usines à leur capacité réelle de production
Le passage de 525 unités opérationnelles en 2017 à 1 014 aujourd’hui représente, sur la base des chiffres gouvernementaux, une hausse d’environ 93 %. Mais ce seul indicateur ne suffit pas à mesurer le poids réel de l’industrie congolaise. Une unité employant quelques dizaines de personnes et une grande usine produisant à l’échelle nationale sont comptabilisées chacune comme une unité industrielle. Le recensement complet doit donc permettre d’aller au-delà du nombre brut : secteurs, effectifs, capacité installée, production effective et chiffre d’affaires constituent des indicateurs plus révélateurs.
Cette distinction est d’autant plus importante que l’économie congolaise reste largement portée par l’extractif. La Banque mondiale estime que la croissance de la RDC demeure principalement soutenue par les mines, tandis que les secteurs non miniers restent confrontés à des faiblesses structurelles et à une création d’emplois insuffisante. L’enjeu de l’industrialisation est donc de convertir davantage de matières premières et de demande intérieure en production manufacturière, transformation locale et emplois.
Le gouvernement met déjà en avant plusieurs expériences dans cette direction. La ZES de Maluku accueille notamment des investissements dans les boissons et les biens de consommation, tandis que la relance de la SOTEXKI, dans la Tshopo, vise à reconstruire une filière textile articulée à des milliers de producteurs de coton. À Kolwezi, la ZES de Musompo doit pour sa part être orientée vers la chaîne de valeur des batteries.
Le chiffre de 1 014 unités opérationnelles constitue ainsi un indicateur d’expansion du tissu industriel, mais il ouvre surtout une nouvelle exigence de transparence statistique. Pour mesurer la portée de la progression annoncée, il reste à rendre accessibles la liste et la localisation des entreprises recensées, leurs secteurs, le nombre d’emplois créés, leurs volumes de production et leur contribution à la substitution des importations. C’est à cette échelle que pourra être évaluée la transformation d’une augmentation du nombre d’unités en véritable industrialisation de l’économie congolaise.
Odon Bakumba
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