Soudan : L’Érythrée, nouveau hub stratégique d’approvisionnement en armes pour les forces d’Al-Burhan
Soudan : L’Érythrée, nouveau hub stratégique d’approvisionnement en armes pour les forces d’Al-Burhan
AFP
Asmara joue un rôle central dans la prolongation du conflit soudanais, facilitant un réseau transfrontalier de trafic d’armes au profit des forces de Port-Soudan.
L’Érythrée est en passe de devenir une pièce maîtresse dans le réapprovisionnement militaire des forces loyales au général Abdel Fattah al-Burhan, intensifiant ainsi la guerre civile qui ravage le Soudan depuis avril 2023. Des informations récentes révèlent que des cargaisons d’armes lourdes, notamment des systèmes antiaériens, des bombes-barils et des pièces détachées, transitent désormais par les ports érythréens à destination de Port-Soudan.
Cette dynamique a pris une tournure plus sérieuse à la suite d’une visite, le 16 mai dernier, de l’ancien chef des services de renseignement soudanais, Salah Gosh, à Asmara. Lors de cette rencontre avec le président Issaias Afwerki, les deux hommes auraient convenu d’un partenariat stratégique : utiliser l’Érythrée comme façade pour l’acquisition d’armements, dissimulant ainsi l’origine des cargaisons et contournant les sanctions internationales.
Un trafic organisé au plus haut niveau
Connu pour son rôle dans l’ancien régime d’Omar el-Béchir, Salah Gosh continue de manœuvrer dans les coulisses comme facilitateur du trafic d’armes. Grâce à son réseau, des drones militaires, notamment les Bayraktar TB2 turcs et les Mohajer-6 iraniens, seraient livrés à Port-Soudan via l’aéroport d’Asmara. Ces drones, capables de frappes de précision, traduisent le soutien croissant de Téhéran et d’Ankara au camp d’Al-Burhan.
Les livraisons récentes depuis l’Érythrée violent ouvertement les résolutions de l’ONU interdisant tout transfert d’armes vers les belligérants soudanais. Le conflit, qui au départ reposait sur des transactions clandestines, s’est désormais institutionnalisé avec une coopération directe entre États.
Un soutien militaire et logistique grandissant
Au-delà des livraisons d’armes, l’Érythrée aurait autorisé le stationnement d’avions de chasse soudanais sur son territoire, notamment à Asmara, pour échapper aux frappes répétées des Forces de soutien rapide (FSR) contre les infrastructures de Port-Soudan. De nombreux rapports indiquent également une implication érythréenne dans l’entraînement de combattants originaires du Darfour, désormais intégrés à la « Force conjointe » combattant aux côtés de l’armée dans les régions du Kordofan et du Darfour.
Le déploiement de navires de guerre érythréens le long des côtes soudanaises témoigne également de cette coopération renforcée, considérée par plusieurs observateurs comme un message symbolique mais clair : Asmara soutient pleinement l’effort militaire d’Al-Burhan.
Une militarisation souterraine inquiétante
Dans une tentative de sécurisation de leurs capacités militaires, les forces de Port-Soudan ont multiplié les initiatives pour protéger leurs stocks d’armements. Selon plusieurs sources, l’armée a creusé des tunnels dans différentes bases stratégiques, destinés à abriter chars, missiles, drones et systèmes radar fournis notamment par les Gardiens de la révolution iraniens.
Ces infrastructures souterraines visent à éviter la répétition des pertes subies au début du conflit, lorsque plusieurs dépôts avaient été pris par surprise. Elles permettent également une organisation systématique des armements et un renforcement durable de l’arsenal militaire.
Tensions régionales : L’Éthiopie dans l’ombre du conflit
L’implication croissante de l’Érythrée dans le conflit soudanais pourrait avoir des répercussions régionales. Les relations avec l’Éthiopie, déjà tendues, continuent de se dégrader. Addis-Abeba revendique un « droit légitime » d’accès à la mer Rouge, en particulier via le port stratégique d’Assab. Une revendication que l’Érythrée rejette catégoriquement, considérant Assab comme un symbole de souveraineté nationale.
Cette rivalité a été exacerbée en juillet 2024 lorsque le déploiement de navires de guerre érythréens sur les côtes soudanaises a été interprété par l’Éthiopie comme un acte de provocation directe.
Vers une régionalisation du conflit soudanais ?
Alors que le général Al-Burhan a multiplié les visites à Asmara – la dernière remontant à avril 2025 –, les analystes craignent que l’alliance Érythrée-Port-Soudan ne débouche sur une régionalisation du conflit. La démonstration de force érythréenne dans la région du port de la mer Rouge pourrait cristalliser les tensions au sein de la Corne de l’Afrique, un espace déjà marqué par l’instabilité chronique.
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