Économie ZES de Maluku : ce que la RDC peut réellement copier du modèle industriel gabonais de Nkok
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ZES de Maluku : ce que la RDC peut réellement copier du modèle industriel gabonais de Nkok

Après avoir visité la zone industrielle de Nkok, Félix Tshisekedi veut en tirer des enseignements pour Maluku. Mais le modèle gabonais ne se résume pas aux exonérations fiscales : son principal atout réside dans l’intégration des infrastructures, des services administratifs, de la logistique et de la transformation locale.

ZES de Maluku : ce que la RDC peut réellement copier du modèle industriel gabonais de Nkok
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 17 AOÛT 2026 - 13:17 WAT · 7 min de lecture

La visite de Félix Tshisekedi, dimanche 16 août, dans la Zone industrielle spéciale de Nkok, à une trentaine de kilomètres de Libreville, n’avait rien d’une simple étape protocolaire. La Présidence congolaise affirme explicitement que la République démocratique du Congo veut s’inspirer de cette expérience pour réorganiser notamment sa filière bois, attirer des industries de transformation et dynamiser ses propres zones économiques spéciales, en particulier Maluku, à Kinshasa. 

Nkok présente, sur le papier, des résultats capables d’attirer l’attention de Kinshasa. Lancée en 2010, cette plateforme industrielle couvre plus de 1 100 hectares et accueille, selon son gestionnaire GSEZ, 144 investisseurs provenant de 17 pays et opérant dans 22 secteurs industriels. Le site revendique plus de 20 000 emplois directs et indirects, 1,6 milliard d’euros d’investissements directs étrangers générés et environ un million de mètres cubes de bois transformés en 2022. Ces données sont celles publiées par GSEZ, le partenariat public-privé entre l’État gabonais et ARISE IIP qui gère la zone. 

Le premier enseignement : construire un écosystème, pas seulement délimiter une zone

C’est probablement la première leçon applicable à Maluku. Une zone économique spéciale ne devient pas industrielle parce qu’un périmètre lui est juridiquement réservé ou parce que les entreprises qui s’y installent obtiennent des exonérations. Nkok rassemble sur un même site une centrale électrique, un réservoir d’eau, une station d’épuration, des banques, un centre de santé, un centre de formation, des services d’assurance, un dépôt de conteneurs et un bureau de dédouanement. La zone est également reliée au réseau ferroviaire et dispose d’une connexion logistique vers le port d’Owendo. 

Maluku possède déjà une partie de la philosophie juridique du modèle. L’Agence nationale pour la promotion des investissements⁠ met en avant un guichet unique, des procédures fiscales simplifiées, un territoire sous douane ainsi que des exonérations fiscales et douanières. La zone bénéficie aussi d’un avantage géographique considérable : sa proximité avec l’immense marché de Kinshasa et ses possibilités d’évacuation par la route et le fleuve Congo. 

Le défi congolais consiste donc moins à copier les exonérations de Nkok qu’à rendre tous ces avantages simultanément opérationnels. Une entreprise industrielle choisit un site en fonction du coût total de production : disponibilité permanente de l’électricité, eau, accès au foncier sécurisé, procédures douanières, délais administratifs, routes, stockage et possibilités d’évacuation des marchandises. Si l’un de ces maillons reste défaillant, l’avantage fiscal peut rapidement perdre de son attractivité.

Transformer les ressources avant de les exporter

Le deuxième enseignement est plus stratégique. Nkok a été conçu autour d’une politique de transformation locale du bois. Après l’interdiction gabonaise d’exporter les grumes en 2010, la zone a développé une chaîne allant de la scierie au placage, au contreplaqué et jusqu’à la fabrication de meubles. Elle accueille désormais également d’autres activités : ciment, produits pharmaceutiques, recyclage des métaux et plastiques, transformation alimentaire, papier ou équipements de télécommunication. 

C’est cette logique que la RDC peut davantage reproduire que le modèle sectoriel lui-même. Kinshasa n’a pas nécessairement intérêt à faire de Maluku une copie centrée sur le bois. La zone peut plutôt devenir un lieu où les matières premières congolaises sont transformées avant d’être vendues, en fonction des avantages comparatifs de la capitale et de son arrière-pays : agro-industrie, matériaux de construction, produits forestiers transformés, emballages, assemblage et industries destinées au marché intérieur.

L’intérêt est également de créer des chaînes de valeur. Une usine isolée génère ses propres emplois ; un écosystème industriel peut faire apparaître autour d’elle des transporteurs, fournisseurs de pièces, entreprises d’emballage, sociétés de maintenance, banques, assurances, restaurateurs et sous-traitants. C’est cette concentration d’activités que Nkok a progressivement construite depuis son lancement.

Un guichet unique qui doit réellement raccourcir les délais

Le troisième élément transposable concerne l’administration. À Nkok, le guichet unique centralise les démarches administratives, fiscales et douanières des investisseurs. Le principe est simple : l’entreprise ne doit pas multiplier les déplacements entre différentes administrations pour obtenir les autorisations nécessaires à son activité. La Présidence congolaise cite précisément ce dispositif parmi les éléments ayant retenu l’attention lors de la visite de Tshisekedi. 

La RDC prévoit déjà un mécanisme comparable dans ses zones économiques spéciales. Le véritable test pour Maluku sera donc sa performance : combien de jours pour créer une entreprise dans la zone, obtenir un terrain, raccorder une usine à l’électricité, importer une machine, dédouaner un équipement ou exporter un produit fini ? Le modèle de Nkok devient intéressant pour Kinshasa lorsque le guichet unique cesse d’être uniquement une structure administrative et devient un outil mesurable de réduction du coût et du temps d’investissement.

Le partenariat public-privé plutôt qu’un État opérateur de tout

Nkok apporte une quatrième leçon : la séparation des rôles. La zone repose sur un partenariat public-privé entre l’État gabonais et ARISE IIP. L’État fixe le cadre, apporte des avantages et conserve ses prérogatives, tandis qu’un opérateur spécialisé développe et gère l’écosystème industriel. Le gouvernement gabonais présente lui-même cette gestion intégrée comme l’un des piliers du modèle. 

Pour Maluku, reproduire cette architecture supposerait surtout de définir clairement qui aménage, qui entretient les infrastructures communes, qui commercialise les espaces auprès des investisseurs et qui répond lorsqu’un service essentiel tombe en panne. Le danger serait de multiplier les administrations et organismes publics autour de la zone sans identifier un responsable unique de sa performance.

La comparaison possède toutefois ses limites. La RDC ne peut pas simplement transposer Nkok à Maluku. Les deux économies n’ont ni la même taille, ni la même structure industrielle, ni les mêmes contraintes logistiques. Kinshasa représente à elle seule un marché de plusieurs millions de consommateurs, tandis que Maluku dispose d’un accès potentiel au fleuve Congo qui peut ouvrir des connexions avec l’intérieur du pays. Le modèle congolais doit donc être construit autour de ces avantages plutôt que reproduire mécaniquement la spécialisation gabonaise dans le bois. 

C’est finalement le principal enseignement de la visite de Tshisekedi. Ce que Maluku peut copier de Nkok n’est pas une zone industrielle clé en main, mais une méthode : infrastructures disponibles avant l’arrivée des industriels, administration concentrée dans un guichet unique, transformation locale des ressources, opérateur clairement responsable et connexion directe entre production et logistique. La RDC dispose déjà d’incitations fiscales et d’un cadre légal pour ses zones économiques spéciales. Le défi de Maluku sera désormais de démontrer qu’elle peut transformer ces avantages juridiques en usines effectivement installées, en marchandises produites et, surtout, en emplois. 

Odon Bakumba

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