Politique Accord de paix RDC-Rwanda : Julien Paluku fustige la « vieille rhétorique » de Kigali sur des FDLR
Politique

Accord de paix RDC-Rwanda : Julien Paluku fustige la « vieille rhétorique » de Kigali sur des FDLR

Julien Paluku, ancien gouverneur du Nord-Kivu, et actuel ministre du commerce extérieur
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 1 JUILLET 2025 - 08:25 WAT · 3 min de lecture

Malgré la signature, le 27 juin 2025 à Washington, d’un accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, la question sensible des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) continue d’attiser les tensions entre les deux pays. Les déclarations croisées entre Julien Paluku, ministre congolais de l’Industrie, et Olivier Nduhungirehe, chef de la diplomatie rwandaise, en sont une nouvelle illustration.

Sur le réseau X, Julien Paluku — ancien gouverneur du Nord-Kivu et acteur politique de premier plan dans la région — a vivement réagi à une interview accordée par Olivier Nduhungirehe au magazine Jeune Afrique. Dans cet entretien, le ministre rwandais affirmait que le retrait des troupes rwandaises du sol congolais n’était pas prévu par l’accord de Washington, le conditionnant à la « neutralisation » des FDLR, qu’il accuse Kinshasa de soutenir et même d’intégrer dans ses forces armées.

Julien Paluku a rejeté avec force ces accusations qu’il qualifie de « rhétorique usée », instrumentalisée depuis près de 30 ans pour justifier les incursions militaires rwandaises dans l’est de la RDC. 

« Sur les 30 dernières années, le Rwanda a occupé l’est de notre pays pendant 8 ans, précisément dans les zones supposément tenues par les FDLR : de 1998 à 2003, puis de 2022 à 2025. Et pourtant, seuls les Rwandais y étaient présents », écrit-il.

S’appuyant sur plusieurs rapports d’experts de l’ONU, Paluku affirme qu’il ne subsisterait aujourd’hui qu’un millier de combattants FDLR, dont une partie aurait été, selon lui, « recyclée » par le régime de Kigali. « Pendant ces 8 années d’occupation, pourquoi ne les ont-ils jamais neutralisés ? », s’interroge-t-il, dénonçant au passage une stratégie rwandaise de désinformation fondée sur la peur et la haine ethnique.

Il appelle par ailleurs les Congolais à ne pas se laisser diviser par des discours extérieurs : « Nous pouvons avoir des divergences entre nous, mais ce n’est pas une raison pour devenir les béquilles d’un régime qui mine, lentement mais sûrement, l’avenir de notre jeunesse. »

La réponse d’Olivier Nduhungirehe ne s’est pas fait attendre. Dans une publication sarcastique sur X, le diplomate rwandais a tourné en dérision la position congolaise : «Si les FDLR ne sont qu’un mensonge, comme le dit le ministre Julien Paluku, alors pourquoi son propre gouvernement s’est-il engagé à les neutraliser dans plusieurs déclarations officielles ces derniers mois ? »

Ce nouvel échange acerbe souligne les divergences profondes qui subsistent malgré l’accord de paix signé à Washington. Ce dernier prévoit notamment la mise en œuvre d’un mécanisme conjoint de coordination et du plan CONOPS pour identifier et désarmer les groupes armés, dont les FDLR. Or, l’absence de consensus sur leur localisation, leur effectif réel et leur rôle exact freine la mise en œuvre effective des engagements pris.

Au-delà des joutes verbales, cet épisode rappelle une évidence : la paix ne peut se résumer à une signature. Elle suppose aussi une volonté partagée de dépasser les récits de guerre et de rompre avec les stratégies de justification politique par la menace sécuritaire. À ce stade, Kinshasa et Kigali semblent encore prisonniers de leurs récits antagonistes.

Gilbert N.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…