Autosuffisance alimentaire en deux ans : combien la RDC importe-t-elle encore pour nourrir sa population ?
La RDC veut atteindre l’autosuffisance alimentaire dans les deux prochaines années, avec une priorité accordée au maïs, au riz, au manioc et aux haricots. Mais pour réduire réellement sa dépendance extérieure, le pays doit partir d’une réalité persistante : une partie importante de son alimentation continue d’être importée, alors que plus de 26 millions de Congolais peinent encore à couvrir leurs besoins alimentaires essentiels.
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AFP
Le président Félix Tshisekedi a participé, samedi 3 octobre à Kinshasa, à l’ouverture de la foire agro-pastorale « Or Vert du Congo », consacrée à la promotion des produits locaux. Selon la Présidence, l’initiative doit encourager la consommation congolaise, connecter les producteurs aux marchés et contribuer à réduire les importations alimentaires. L’événement intervient au moment où le gouvernement affirme avoir élaboré une stratégie visant l’autosuffisance alimentaire dans les deux prochaines années.
Cette ambition ne part pas de zéro. Le ministère de l’Agriculture concentre sa stratégie sur quatre produits : maïs, riz, manioc et haricots. Muhindo Nzangi avait déjà fixé un horizon de deux ans pour atteindre l’autosuffisance sur ces cultures, avec notamment le Haut-Katanga, le Lualaba et le Lomami appelés à augmenter la production de maïs afin de réduire les achats effectués en Zambie. Le gouvernement mise parallèlement sur la mécanisation, les semences améliorées, les fertilisants, la transformation et la commercialisation.
Une facture alimentaire encore difficile à effacer
Mesurer précisément la dépendance alimentaire actuelle se heurte toutefois à un problème de données. Les sources publiques consultées ne fournissent pas encore un chiffre consolidé récent pour l’ensemble des importations alimentaires de 2025 ou 2026. Le dernier ordre de grandeur solidement documenté par la Banque mondiale fait état de 1,1 milliard USD d’importations alimentaires en 2021. L’institution soulignait déjà que la RDC importait une grande partie de la nourriture qu’elle consomme, y compris certains produits qu’elle pourrait produire localement.
Les statistiques commerciales disponibles permettent néanmoins d’en mesurer une partie. Pour le seul riz, la RDC a importé en 2024 environ 238 000 tonnes, pour une valeur de 66,7 millions USD, selon les données commerciales reprises par la Banque mondiale. La Thaïlande constituait de loin le premier fournisseur, avec près de 144 000 tonnes, devant la Chine, le Pakistan, l’Inde et le Japon.
Et le riz n’est qu’une composante de la dépendance alimentaire. La RDC importe également du blé et de la farine, du maïs dans certaines régions, de la viande, de la volaille, du poisson, des produits laitiers et des huiles alimentaires. La DGDA reconnaît elle-même des « volumes croissants » d’importations de denrées alimentaires, même si sa page consacrée au contrôle de ces produits ne fournit pas de montant consolidé récent.
Cette dépendance se ressent directement dans les marchés. À Kinshasa, l’ACP constatait par exemple en juin une augmentation du prix de plusieurs marques de riz importé. En septembre, le prix d’un carton de 20 kg d’une viande importée du Brésil était passé de 305 000 à 340 750 FC dans une enquête de marché de l’agence. Les prix alimentaires deviennent ainsi sensibles non seulement à la production agricole nationale, mais aussi au dollar, au transport international, à la fiscalité et aux circuits d’approvisionnement.
Produire davantage ne suffira pas
Le défi de l’autosuffisance dépasse cependant les quantités cultivées. Produire du maïs dans le Kasaï ou du riz dans une province éloignée ne garantit pas que ces produits arriveront à un prix compétitif à Kinshasa, Lubumbashi ou Matadi. Routes de desserte agricole, stockage, conservation, transformation, transport et accès aux marchés déterminent également la capacité des produits congolais à remplacer les importations. Le lancement, vendredi à Nkuadi au Kasaï-Oriental, de la campagne agricole de saison A s’inscrit précisément dans l’effort gouvernemental visant à accroître la production nationale.
Le gouvernement revendique déjà un premier résultat sur le manioc. Muhindo Nzangi affirmait en septembre que la production nationale avait atteint un niveau permettant de couvrir la demande intérieure. Pour le maïs, le riz et les haricots, l’objectif reste à atteindre. La reconstruction du système semencier, la mécanisation et l’accès aux engrais constituent, selon le ministère, les principaux leviers retenus.
L’enjeu est d’autant plus important que l’autosuffisance ne signifie pas automatiquement sécurité alimentaire. En mai dernier, la FAO et le Programme alimentaire mondial estimaient que plus de 26,5 millions de personnes, soit près d’un Congolais sur quatre, éprouvaient des difficultés à satisfaire leurs besoins alimentaires essentiels. Les conflits, les déplacements, la pauvreté et les difficultés d’accès aux terres et aux marchés continuent de peser sur l’alimentation des ménages.
L’objectif annoncé pour les deux prochaines années pourra donc être mesuré avec des indicateurs précis : tonnes de riz et de maïs produites localement, volumes encore importés, superficies cultivées, rendements à l’hectare et évolution des prix dans les marchés. La foire « Or Vert du Congo » met en vitrine le « Made in Congo » ; le véritable test consistera désormais à déterminer combien de produits importés pourront effectivement être remplacés par une production congolaise disponible toute l’année et à un prix accessible aux consommateurs.
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