Denis Mukwege: « Il faut impérativement que les États-Unis, l’UE, la France et le Royaume-Uni sanctionnent le Rwanda »
Denis Mukwege: « Il faut impérativement que les États-Unis, l’UE, la France et le Royaume-Uni sanctionnent le Rwanda »
AFP
Dans un communiqué publié ce 15 décembre 2024, le Docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix, a lancé un appel solennel à la communauté internationale, dénonçant l’échec du processus diplomatique en cours pour ramener la paix dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Face au soutien persistant du Rwanda au groupe armé M23, Mukwege exhorte les États-Unis, l’Union européenne, la France, le Royaume-Uni et d’autres partenaires à adopter des sanctions politiques et économiques contre Kigali, tout en suspendant leur assistance militaire tant que ce soutien continuera.
L’échec de la tripartite de Luanda, qui devait réunir les présidents Félix Tshisekedi, Paul Kagame et le médiateur angolais João Lourenço, est perçu par Denis Mukwege comme un signal d’alarme. Pour lui, cet échec illustre une impasse politique et diplomatique persistante, aggravée par l’attitude du Rwanda, accusé de soutenir militairement et logistiquement le M23, un groupe armé responsable d’innombrables atrocités en RDC.
Mukwege dénonce une mauvaise foi flagrante de Kigali, qui, en conditionnant sa participation à un dialogue direct entre Kinshasa et le M23, contribue à saboter les efforts diplomatiques en cours : « Tant que le Rwanda continuera à soutenir ce groupe armé et à agresser la RDC, il sera impossible d’enclencher une véritable dynamique de paix. »
L’Accord-Cadre d’Addis-Abeba : une feuille de route oubliée
Pour mettre fin à cette situation, Mukwege appelle les puissances occidentales, États-Unis, Union européenne, France et Royaume-Uni, à prendre des mesures fortes contre Kigali. Selon lui, des sanctions politiques et économiques, ainsi que la suspension immédiate de toute assistance militaire au Rwanda, sont devenues une nécessité impérative : « Il faut impérativement que les États-Unis d’Amérique, l’UE, la France, le Royaume-Uni et d’autres partenaires adoptent des sanctions politiques et économiques, et suspendent leur assistance militaire au Rwanda tant qu’il soutiendra le M23 et agressera la RDC. »
Mukwege souligne que l’inaction de ces partenaires contribue indirectement à l’intensification du conflit en RDC. Selon lui, il est de leur responsabilité de tirer les conséquences de la situation et d’agir avec fermeté face aux violations répétées du droit international et de la souveraineté congolaise.
Le Prix Nobel de la Paix rappelle également que l’échec des processus de Luanda et de Nairobi doit conduire à une redynamisation de l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba, signé en 2013. Cet accord, soutenu par des acteurs internationaux majeurs, avait pour ambition de s’attaquer aux causes profondes du conflit en assurant la neutralisation des groupes armés et en renforçant la coopération régionale.
Cependant, Mukwege constate avec amertume que cet accord est resté lettre morte : « Les promesses portées par l’Accord-Cadre sont loin d’être réalisées. »
Face à l’échec des initiatives actuelles, il appelle à replacer cet accord à l’agenda international, afin de ramener les principaux acteurs régionaux et internationaux à leurs engagements initiaux pour instaurer une paix durable.
Le soutien rwandais au M23 : un obstacle majeur à la paix
Mukwege ne mâche pas ses mots à l’égard de Kigali, qu’il accuse de jouer un rôle central dans la déstabilisation de l’Est de la RDC. Le soutien militaire, logistique et politique apporté au M23 par le Rwanda compromet toutes les initiatives de paix en cours. Cette situation, pour Mukwege, nécessite une réponse urgente : « La communauté internationale ne peut plus détourner le regard. Les populations congolaises continuent de souffrir, et il est temps d’agir pour mettre fin à l’impunité des agresseurs. »
Mukwege insiste sur le fait que le soutien au M23 par des puissances étrangères constitue une violation flagrante des principes du droit international, aggravant la crise humanitaire et sécuritaire en RDC. Le cri d’alarme du Dr Mukwege vise à réveiller la conscience internationale face à l’indifférence qui entoure le drame congolais. Alors que les tensions s’intensifient et que la diplomatie échoue, il exhorte les grandes puissances à prendre des mesures concrètes pour stopper la spirale de violence dans l’Est du Congo. « Il faut impérativement que les acteurs internationaux agissent avec fermeté. Le silence et l’inaction sont complices des souffrances des populations congolaises. »
L’appel de Mukwege, porté par sa stature internationale, résonne comme une interpellation forte. La mise en œuvre de sanctions contre le Rwanda pourrait, selon lui, forcer Kigali à revoir sa position et à cesser de soutenir des groupes armés qui déstabilisent la région des Grands Lacs. À travers ce communiqué, Mukwege rappelle que le temps de la complaisance est révolu. La communauté internationale doit aujourd’hui choisir entre des actions concrètes pour la paix ou la complicité silencieuse dans la prolongation d’un conflit meurtrier.
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