Banques et finances Détournement de 300 millions $ au Kasaï-central : la société civile saisit la justice

Détournement de 300 millions $ au Kasaï-central : la société civile saisit la justice

La ville de Kananga © droit tiers.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 8 AOÛT 2025 - 09:03 WAT · 3 min de lecture

La Société civile – Forces vives du Kasaï Central a saisi officiellement le Procureur général près la Cour de cassation à Kinshasa, pour dénoncer un présumé détournement massif de fonds publics évalué à 300 millions de dollars américains, alloués à des projets structurants dans la province.

Dans une lettre datée du 6 août, signée par ses deux délégués mandatés, Monique Nzeba Kabeya et Daniel Kapuka Kabole, la plateforme citoyenne évoque des faits « gravissimes » de détournement et de mauvaise gestion des ressources publiques, concernant plusieurs chantiers prioritaires : lutte contre les érosions, voirie urbaine, accès à l’eau et à l’électricité, ainsi que réhabilitation d’infrastructures administratives.

Des projets financés, mais jamais réalisés

D’après la dénonciation, plus de 90 % des fonds auraient été décaissés par le gouvernement central, sans qu’aucun résultat tangible ne soit constaté sur le terrain. Parmi les exemples évoqués :
• 1,39 million USD pour la lutte contre l’érosion à Bena Leka (territoire de Demba), avec pour seule réalisation la livraison de moellons ;
• 4,8 millions USD pour huit sites antierosifs à Kananga, sans aucune avancée notable ;
• 128 millions USD pour 54 km de voirie urbaine à Kananga, sans la moindre route asphaltée ;
• 11,5 millions USD pour un barrage hydroélectrique, resté « à l’état embryonnaire ».

La supervision de ces projets aurait été confiée à l’ancien gouverneur John Kabeya Shikayi, en collaboration avec des structures telles que le BECCO, l’OVD, SAFRIMEX, et d’autres entreprises dont certaines identités restent floues.

Population abandonnée, gouvernance paralysée

Les conséquences sont lourdes pour une population déjà marginalisée : manque d’eau potable et d’électricité, routes impraticables, isolement du territoire agricole de Demba, et sentiment d’abandon généralisé.

La société civile pointe également des manœuvres politiques visant à bloquer tout contrôle parlementaire. Elle dénonce un bras de fer au sein de l’Assemblée provinciale, paralysée par l’« installation d’un bureau dissident » soutenu, selon elle, par une autorité centrale.

Appel à une enquête judiciaire indépendante

Face à cette situation, la société civile demande :
• L’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante ;
• Des poursuites sans distinction de rang contre les auteurs et complices présumés ;
• La restitution des fonds détournés ;
• Et des mesures de protection pour les lanceurs d’alerte.

Pierre Kabakila

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