Politique Après la ville morte, le camp pro-pouvoir lance aussi sa mobilisation dans la rue

Après la ville morte, le camp pro-pouvoir lance aussi sa mobilisation dans la rue

Deux jours après la ville morte de l’opposition, la Coalition citoyenne pour la Nation d’Ejiba Yamapia appelle à une marche pro-changement constitutionnel le 5 juin à Kinshasa, vers le Palais du peuple.

UDPS opposition party supporters shout slogans and wave banners as they take part in a rally in Kinshasa on April 24, 2018, the first opposition rally authorized since September 2016. DR Congo's opposition held an authorised mass rally for the first time in nearly two years to mark the 28th anniversary of multi-party politics in the country, as tensions grow over veteran President Joseph Kabila's refusal to quit despite the expiry of his mandate. / AFP PHOTO / Junior D. KANNAH
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 JUIN 2026 - 20:55 WAT · 6 min de lecture

KINSHASA — Le bras de fer autour de la Constitution congolaise entre dans une nouvelle séquence. Après la ville morte organisée le 3 juin par la Coalition Article 64, le camp favorable au changement constitutionnel entend lui aussi démontrer sa capacité de mobilisation dans la rue.

La Coalition citoyenne pour la Nation, conduite par l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia, appelle à une marche pacifique ce vendredi 5 juin à Kinshasa. Selon les organisateurs, la manifestation doit converger vers l’esplanade du Palais du peuple, siège du Parlement congolais.

Annoncée depuis plusieurs jours, cette marche prend une portée politique particulière après la journée ville morte de l’opposition. Elle apparaît désormais comme une contre-mobilisation du camp favorable au pouvoir et au projet de réforme constitutionnelle.

Le Palais du peuple, nouveau centre de la bataille

Le choix du Palais du peuple comme point d’arrivée n’est pas neutre. C’est devant cette même institution que l’opposition prévoit également d’organiser un sit-in le 12 juin, après le dépôt annoncé d’une plainte contre Félix Tshisekedi et ses « complices » le 9 juin pour ce qu’elle qualifie de tentative de renversement de l’ordre constitutionnel. Dans la transcription transmise à BETO, Delly Sesanga appelle les Congolais à se mobiliser pour accompagner cette plainte, puis à se rendre à l’esplanade du Palais du peuple le 12 juin pour faire barrage au changement de la Constitution.

La marche du 5 juin s’inscrit donc dans une bataille directe pour l’occupation de l’espace institutionnel. D’un côté, la Coalition Article 64 veut faire du Palais du peuple le lieu de la résistance au changement constitutionnel. De l’autre, la Coalition citoyenne pour la Nation veut en faire le point d’arrivée d’une mobilisation favorable à la réforme.

Les deux camps cherchent ainsi à imposer leur lecture du moment politique : pour l’opposition, il s’agit de défendre l’ordre constitutionnel contre une tentative de troisième mandat ; pour les partisans de la réforme, il s’agit de réclamer une nouvelle architecture institutionnelle au nom de la souveraineté populaire.

Ejiba Yamapia appelle à sortir dans la rue

Selon plusieurs médias congolais, l’archevêque Ejiba Yamapia et les responsables de la Coalition citoyenne pour la Nation appellent les jeunes, les femmes, les hommes, les organisations citoyennes et les structures religieuses à participer à la marche du 5 juin.

Nous disons tous dehors le 5 juin. Le point de chute sera le Palais du peuple.

Évariste Ejiba Yamapia, propos rapportés par Ouragan.cd

Il présente cette mobilisation comme une marche pacifique destinée à exprimer un soutien au changement de la Constitution.

La Coalition citoyenne pour la Nation avait déjà annoncé, dans un communiqué publié le 18 mai, l’organisation d’une marche citoyenne le 5 juin à Kinshasa et dans plusieurs provinces. La plateforme affirme vouloir soutenir un processus de réforme constitutionnelle fondé, selon elle, sur la « volonté souveraine du peuple congolais ».

Les Églises de Réveil du Congo, dont Ejiba Yamapia est l’une des figures, se sont également positionnées en faveur de cette mobilisation. L’évêque Pascal Mukuna a annoncé la marche au nom du président de l’Église de Réveil du Congo, en expliquant qu’elle vise notamment à soutenir l’initiative du régime de Kinshasa de changer la Constitution.

Une riposte politique à la séquence du C64

La marche pro-changement intervient dans un contexte de confrontation accélérée. Le 3 juin, la Coalition Article 64 avait appelé à une ville morte pour protester contre tout projet de changement ou de révision de la Constitution. L’opposition a revendiqué une forte adhésion à son mot d’ordre, tandis que le pouvoir a rejeté cette lecture et affirmé maintenir le cap de la réforme constitutionnelle. DW résume cette séquence en relevant que chaque camp revendique la victoire dans ce nouveau bras de fer politique.

Pour le camp favorable au pouvoir, l’enjeu du 5 juin est donc clair : répondre à l’image d’une opposition capable de ralentir Kinshasa par une démonstration visible de soutien à la réforme. Là où la ville morte reposait sur le retrait, le silence et la fermeture, la marche du 5 juin repose sur la présence, les cortèges et l’occupation de la rue.

Cette différence est politiquement importante. La ville morte a permis à l’opposition de mesurer une forme de discipline passive. La marche pro-pouvoir devra, elle, mesurer une capacité de mobilisation active.

Une bataille de chiffres et d’images à venir

Comme pour la ville morte du 3 juin, la marche du 5 juin risque de donner lieu à une bataille de récits. Les organisateurs chercheront à démontrer que le changement constitutionnel dispose d’un soutien populaire. L’opposition, elle, pourrait présenter cette mobilisation comme une marche encadrée par le pouvoir ou portée par des relais proches de la majorité.

BETO suivra cette séquence avec prudence. Une marche annoncée ne prouve pas encore son ampleur réelle. Une foule mobilisée ne suffit pas non plus à établir, à elle seule, l’opinion majoritaire du pays sur la Constitution. Ce qui devra être observé vendredi, ce sont les itinéraires effectivement suivis, le niveau de participation, la présence ou non d’encadrement politique, les messages portés et le déroulement sécuritaire de la journée.

Mais une chose est déjà claire : après la ville morte du C64, le camp favorable au changement constitutionnel ne veut pas laisser l’opposition occuper seule le terrain de la mobilisation populaire. Le 5 juin devient ainsi une réponse politique dans la rue, avant une nouvelle séquence annoncée par l’opposition les 9 et 12 juin.

La Constitution n’est plus seulement un débat parlementaire ou juridique. Elle devient désormais un rapport de force public, où chaque camp tente de montrer qu’il parle au nom du peuple.

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B
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