Santé Ebola : le personnel de santé en première ligne, et en danger
Santé ›

Ebola : le personnel de santé en première ligne, et en danger

Plus de cent soignants contaminés, un tiers d'entre eux décédés, des équipes épuisées et impayées, des services de base qui s'effondrent : la riposte contre Ebola s'use sur ceux qui la portent.

Ebola : le personnel de santé en première ligne, et en danger
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 13 JUILLET 2026 - 15:33 WAT · 3 min de lecture

La dix-septième épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, qui totalise 1 926 cas confirmés et 702 décès au 11 juillet, frappe aussi ceux qui la combattent. Selon le rapport de situation de l’Institut national de santé publique (INSP), 112 membres du personnel de santé ont été contaminés depuis le début de l’épidémie, dont 35 sont morts, soit une létalité de 31,2 % parmi les soignants. L’INSP relie ce bilan à un risque élevé d’infections nosocomiales, alimenté par une insuffisance d’équipements de protection et de chlore et par une formation limitée : dans les zones de santé de Musienene et Beni, au Nord-Kivu, le score moyen de conformité aux mesures de prévention et de contrôle des infections plafonne à 25 %.

À ce risque sanitaire s’ajoute l’usure sociale. Début juillet, des prestataires de la riposte ont dénoncé, dans un mémorandum adressé au gouverneur de l’Ituri, des conditions de travail qui les exposent directement au virus, tout en réclamant le paiement de leurs primes. Engagés sans relâche dans les centres de traitement pour une rémunération jugée sans rapport avec les risques encourus, ils ont cessé le travail à Bunia et à Rwampara, un mouvement qui a un temps ralenti la prise en charge, au cœur de l’épicentre.

Au-delà des soignants d’Ebola, c’est tout le système de santé de l’Ituri qui vacille. En mission à Bunia, le directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Gilles Fagninou, a alerté sur la saturation de la seule crèche pédiatrique de la ville, installée au Centre médical évangélique, qui accueille les nourrissons infectés ou rendus orphelins. « Les crèches, on en a besoin de beaucoup plus parce qu’il y a beaucoup plus d’enfants qui n’ont pas la chance de profiter de ce type d’accueil », a-t-il déclaré, cité par Radio Okapi.

La peur de la contamination vide aussi les maternités. À Bunia, le nombre d’accouchements assistés en milieu médical est tombé d’une moyenne de 130 à 30 par mois, une chute qui s’accompagne d’une hausse de la mortalité maternelle liée aux accouchements à domicile. « Il est important qu’on revoie bien ces statistiques et qu’on se pose des questions de continuité de services, de s’assurer que les services dont les enfants ont besoin, dont les femmes ont besoin, dont la communauté a besoin, aujourd’hui on ne peut pas laisser tomber, on risque de régresser », a averti Gilles Fagninou, appelant à ne pas sacrifier la vaccination de routine ni la lutte contre le choléra et la poliomyélite.

Face à la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique, le vaccin Ervebo ne visant que la souche Zaïre, la protection des soignants repose entièrement sur les mesures de prévention, l’approvisionnement en matériel et le paiement régulier des équipes. Autant de maillons que le manque de moyens fragilise, au moment où l’épidémie gagne du terrain.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…